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Lutter contre les inégalités en matière d’accès au dépistage, à la prévention et aux soins à Mulhouse, C. Maeder Bour et C. Bilger, Coordination Santé / SCHS, Juillet 2008.
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Penser sa santé en amont de la maladie, S. Favret, Juillet 2008.
Lutter contre les inégalités en matière d’accès au dépistage,
à la prévention et aux soins à Mulhouse
L’enjeu de lutter contre les inégalités sociales en matière de santé est au cœur de l’action « Prenons soin de nous et de nos proches -prévention et dépistage des cancers- ». Les personnes concernées, éloignées des questions de santé pour des raisons multiples, et notamment linguistiques, bénéficient d’une méthodologie spécifique pour la transmission de l’information santé.
La prévention et le dépistage des cancers est un sujet délicat qui renvoie à de nombreuses difficultés dont celles liées à l’objet, porteur de sens pour chacun, de peur, de craintes. Il s’agit donc non seulement d’expliquer l’information afin qu’elle soit démystifiée, réappropriée et partagée avec l’entourage, mais encore de ne pas générer d’angoisses supplémentaires par défaut de précisions ou de compréhension.
L’expérience de la Coordination santé de Mulhouse, en lien avec les réseaux santé de quartiers de la Ville, est très positive. Un important travail de proximité avec des groupes de personnes qui ne maîtrisent pas la langue française a été mené dans six structures (5 centres socioculturels et le CIDFF).
La méthode développée combine plusieurs éléments :
- proposer des rencontres par petits groupes (maximum 15 personnes) afin que la parole circule au sein d’un cercle de confiance ;
- mettre au cœur de ces temps d’information et d’échanges le formateur linguistique, qui connaît bien les apprenants. Il est donc présent à toutes les étapes de chaque module thématique ;
- proposer d’aborder d’autres thématiques avant celle de la prévention et du dépistage du cancer. Ainsi, dans le cadre de « Education populaire et participative », la température, les gestes qui sauvent, les premiers soins et la prévention des Infections Sexuellement Transmissibles ont été abordés, constituant chacun un module. Puis, dans le cadre de « Prenons soin de nous et de nos proches », les modules autour du corps (système digestif) et de l’alimentation et de l’accès aux droits ont été abordés.
- rythmer ce travail, pour chaque module thématique, en trois étapes :
- Première étape pour un travail sur le vocabulaire nécessaire à la compréhension en amont des interventions « santé », étape animée par le formateur ;
- Deuxième étape présentant l’intervention santé : intervention d’un médecin pour les modules « corps et alimentation » et « prévention et dépistage de certains cancers » et d’une assistante sociale du Centre Hospitalier de Mulhouse pour le module « accès aux droits » ;
- Troisième étape pour un travail sur le sens, animée par le formateur.
- construire de la cohérence dans les approches, sur chaque site et entre les sites impliqués : les formateurs linguistiques bénéficient de rencontres autour du vocabulaire et de l’animation ; des comités de pilotage et des groupes de suivis sont régulièrement mis en place ; une personne relais
- elle-même de formation médicale – a coordonné le projet, faisant remonter les dysfonctionnements pour adapter progressivement les modalités d’action …
Quelques éléments d’évaluation nous permettent un recul sur cette action. Ils nous montrent notamment que des sujets a priori facilement abordables (comme la température par exemple) s’avèrent plus complexes qu’il n’y paraît, puisque la question de la gestion de l’incertitude est au cœur de ce travail avec les populations. C’est pourquoi il faut absolument veiller à créer les bonnes conditions pour que la transmission des échanges puisse se faire en confiance.
Ainsi par exemple, pour un des modules devant précéder la question du cancer – le module « Température » - le présupposé de départ a été de dire que l’accroissement de la confiance des personnes passerait par la valorisation des savoir-faire familiaux et/ou traditionnels et des savoir-être, en apportant au besoin des compléments de connaissances à la pratique au quotidien.
Or nous observons a posteriori que, par delà cette reconnaissance des ‘façons et modes de se soigner’, les personnes sont en attente du discours de l’ « expert ». L’engouement des personnes pour le thermomètre – l’objet à posséder à l’issue de la séance, même s’il y en a déjà un à la maison… - en est un signe. Le succès rencontré le jour de la remise des attestations ‘santé’ en est un autre signe. Concernant les modules « Corps et alimentation » et « Prévention et dépistage de certains cancers », c’est un médecin qui est intervenu. Ce fait a eu toute son importance. Les divers retours des ‘apprenants’ montrent bien que le thème a plu et que les messages sont globalement passés. La participation des personnes a été forte ; leur capital confiance et leur intention de vivre des changements sont importants.
A l’issue du module « Corps et alimentation », 68 % ont changé ou souhaitent changer tout à fait leurs habitudes alimentaires ; 24 % plus ou moins. 61 % sont plus à l’aise pour parler à leur médecin ; 27 % plus ou moins. 45 % sont plus à l’aise pour accompagner quelqu’un chez le médecin ; 37 % plus ou moins (près de 15% de non réponses).
A l’issue du module « Prévention et dépistage de certains cancers », les personnes ont-elles l’intention de changer leurs habitudes alimentaires ? Oui pour 83 % des apprenants. Il s’agit principalement de manger plus de fruits et légumes (non pour 17 %). Par ailleurs, 93 % disent ou souhaitent faire plus d’activité physique après ce cours : de la marche à pied. Concernant les dépistages, on observe que le frottis est un test connu et pratiqué par plus de la moitié des personnes. Cependant, elles sont 44 % à souhaiter en faire un à l’issue du cours. 41 % des personnes ont l’intention de faire une mammographie contre 33 % qui en ont déjà fait une au cours de leur vie. Concernant l’hémoccult, on retrouve les mêmes proportions que précédemment.
Finalement, le fait même de proposer des espaces d’échanges avec des professionnels est une puissante forme de reconnaissance. Au regard des résultats de l’évaluation, c’est bien sur la question de l’incertitude qu’il faut travailler : redonner ou donner confiance aux personnes, en leur jugement, en leur capacité de changement, et savoir à quel moment on doit « passer la main » à l’expert.
Christine Maeder Bour et Clara Bilger
Coordination Santé / SCHS
10 B Porte du Miroir 68100 Mulhouse
Tel : 03 89 45 93 33
Fax : 03 89 45 15 80
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Penser sa santé en amont de la maladie
Au pays de l’Homme, les experts sont rois.
Au pays des experts, où se trouve l’Homme ? Ce sujet désirant et pensant.
Quelle place lui reste-t-il ?
Dans le champ de la santé, qui sont ces experts qui pensent la santé ? Et de quelle santé s’agit-il ?
Ces quelques mots à venir n’ont pas prétention à répondre à ces questions, mais souhaitent semer à nouveau quelques graines de réflexions dans un espace de partage.
Je nous invite à saisir « Kairos » le temps de l’opportunité, à la place de « Chronos » le temps qui nous manque toujours, et ainsi à prendre enfin soin de nous.
En cette période où l’une des inquiétudes les plus importantes des français est leur santé, vous êtes vous dernièrement questionnés sur ce qu’était votre santé ? Sur le « comment » de la construction de votre santé ?
Si vous ne l’avez pas fait, d’autres se chargent de penser la santé pour vous.
En effet, à en croire les différents discours ambiants ; la santé est cet objet sur lequel on doit veiller constamment, pour lequel nous sommes responsables (coupables), qu’il faut prendre en charge, gérer, contrôler, mesurer, chiffrer, financer, anticiper, améliorer, ou au mieux faire fructifier en adoptant de « sains » comportements. Est-ce raisonnable ? Tout cela au nom d’un bien être souvent réduit à la seule gestion du corps et de ses parties.
Mais est-ce bien cela la santé ?
Doit-elle se réduire à la définition de l’OMS et à cette relation quasi existentielle et permanente à la maladie ?
Bien souvent il est dit que nous ne savons jamais aussi bien ce qu’est notre santé que lorsque nous avons côtoyé ou côtoyons la maladie.
Sans maladie ne serions nous pas capable de cette prise de conscience de ce qu’est la santé, notre santé ?
Est-ce à dire que nous ne pouvons pas penser notre santé en amont de la maladie ? Que la santé n’est qu’un concept par défaut vis-à-vis de la maladie ?
De quoi s’agit-il lorsque l’on parle de santé ?
C’est de l’Homme qu’il s’agit…
La santé n’est-elle pas d’abord cette entité subjective, dépendante de l’histoire du sujet et de ses représentations ?
De son rapport au collectif humain, de son rapport au sensible et de son rapport au symbolique ?
De quel espace disposons-nous pour éprouver et penser notre santé bien avant d’être acculé à la prendre en charge d’une façon plus ou moins dictée ?
Peut on encore penser sa santé alors qu’elle est pensée, calibrée, normée par d’autres qui « savent » ?
Je souhaite poser la question des conditions du dialogue entre savoirs d’expériences et savoirs d’experts.
La santé, pose semble-t-il d’autres questions autrement fondamentales qui émanent de l’expérience personnelle, existentielle, et qui relèvent de notre rapport à l’autre, à soi, aux exigences du vivre ensemble.
Le savoir d’expert n’est-il pas trop prégnant pour cette entité éminemment subjective qu’est la santé ?
D’autres pensent pour moi quelque chose qui m’appartient, qui m’est intime !!!
Sommes-nous encore auteur de notre pensée ?
Alors que chacun est porteur d’un savoir singulier, notamment lorsqu’il s’agit de santé ; quelle place est donnée à ce savoir singulier ? Comment est-il pris en compte dans le débat « démocratique » ?
La question de la santé ne se pose-t-elle plus en terme de solidarité ?
La réponse unique est-elle celle d’une responsabilité individuelle et non plus d’une certaine « responsabilité éthique » à bien ou à mieux vivre ensemble ?
Alors qu’elle devient en quelque sorte l’étendard de notre société, la santé n’est-elle pas cet objet qui devrait permettre le dialogue entre experts et profanes?
Au nom du « droit à la santé » tout est possible … ?
Et si redonner l’opportunité à chacun d’entre nous de penser sa santé conduisait à l’émergence d’une politique de « régénération » de la société.
En prenant en compte la solidarité plutôt que l’atomisation des individus, en luttant contre l’anonymisation en redonnant les moyens d’exister avant d’être et en favorisant les tolérances et les échanges réciproques entre les Hommes.
Stéphane Favret
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