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À la (re)découverte de petits plaisirs de la vie au Centre d’Addictologie des H.U.S

HUS

 

Entretien réalisé en juin 2013 par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Laurence Caumont et Lara Geldreich, respectivement médecin et assistante sociale au Centre d’Addictologie des HUS.

 

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

 Le Centre d’Addictologie est un CSAPA – Centre de Soins, d’Accompagnement et Prévention en Addictologie. Il se compose de deux sites :

  • Le « Fil d’Ariane », situé au sein du Nouvel Hôpital Civil, est un centre de substitution par méthadone réservé aux personnes usagères de substances psychoactives.
  • La « Médicale B », située dans les locaux de l’ancien hôpital civil, accueille les personnes concernées par des problématiques d’addictions, quels qu’elles soient, mais aussi leurs entourages.

Structure pluridisciplinaire impliquant à la fois médecins, infirmiers, assistantes sociales, psychologues, secrétaires, diététiciennes…, le Centre d’Addictologie propose un accueil téléphonique, une évaluation médico-psycho-sociale des problématiques portées par la personne, puis une orientation et/ou un accompagnement sur place.

Le Centre d’Addictologie s’appuie sur le GERAS (Groupe d’Etudes et de Recherche en Addictologie de Strasbourg) pour mettre en œuvre l’action. Le GERAS est une association composée de membres du Centre d’Addictologie, hébergée et soutenue par les HUS dans le cadre d’une convention de partenariat.

Quels sont l’origine (contexte, histoire…) et l’objectif principal de votre projet ?

Intitulée « Activités de jour », l’action présentée dans cet article a démarré en 2008 afin de permettre aux personnes usagères de substances psychoactives de retrouver une activité de loisirs, et aux professionnels de santé de décentrer l’accompagnement de ces personnes de l’entretien individuel vers une action plus collective.

Ainsi, les professionnels du Centre d’Addictologie ont pu élargir leurs modalités d’accueil et d’accompagnement au-delà de la consultation individuelle, en proposant à leurs patients des activités thérapeutiques ou de loisirs leur permettant de recréer du lien social et de sortir de leur isolement.

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème de santé votre projet va-t-il agir ?  

Au-delà de sa dimension occupationnelle, l’action tente d’aider les personnes à retrouver du plaisir, des sensations, afin de lutter contre l’isolement et le repli sur soi, inhérents à la consommation de substances psychoactives. Les déterminants de la consommation mais surtout de ses conséquences sur l’isolement des personnes concernées sont multiples :

Un rétrécissement de la vie sociale

Les addictions révèlent parfois une pathologie du lien à l’autre, une difficulté à produire ce lien qui sont compensées par la consommation d’un produit. Ce mécanisme entraîne bien souvent un appauvrissement du champ des relations sociales, lui-même aggravé par de fortes contraintes logistiques pesant sur la consommation de substances, illicites ou non : temps investi dans la recherche du produit, temps investi dans la consommation, coût du produit… Autant de contraintes réduisant souvent les possibilités laissées à la personne de s’investir dans des activités diverses (clubs sportifs, concerts, déplacements…).

Par les activités proposées, l’action tente d’aider les personnes à sortir de leur relation de « fusion » avec le produit pour recréer du lien, créer autre chose.

Une absence d’initiative, un manque de sensations et de désirs

Lors de la consommation de substances, la répétition de la prise entraîne une addiction à des sensations stéréotypées, réduisant progressivement le champ des ressentis. Généralement, les effets positifs perçus au début de la consommation s’estompent pour laisser place à une expérience prépondérante : celle du manque. Les demandes d’accompagnement formulées au Centre d’Addictologie interviennent généralement lorsque le plaisir lié à une consommation a complètement disparu et que ses effets négatifs prennent le dessus.

A travers ses activités, l’action tente donc de provoquer de nouvelles sensations, de susciter de l’envie et du plaisir.

Les promoteurs de l’action sont attentifs au fait d’offrir toujours aux participants la possibilité de poursuivre leur activité en-dehors du cadre du Centre d’Addictologie. C’est pourquoi les activités impliquent quasi systématiquement un professionnel extérieur à la structure, et qui travaille en binôme avec un professionnel accompagnant du centre d’Addictologie.

Un sentiment de rejet lié à un discours social et politique sur les « addicts »

Bien souvent, les facteurs individuels décrits ci-dessus sont aggravés par des facteurs environnementaux pesant sur ces personnes, notamment un regard social et un discours politique plus ou moins stigmatisants selon les produits concernés : alors que la consommation d’alcool sera souvent mieux tolérée, voire valorisée par la société, la consommation de cannabis ou d’autres drogues illicites entraînera un rejet plus radical des consommateurs.

Décrivez-nous les activités que vous allez mettre / avez mises en place.

Au départ, l’action visait à proposer des activités à vocation thérapeutique : à titre d’exemple, des cours d’escalade donnaient lieu à des séances systématiques de « reprise » avec un psychologue du service.

Une première évaluation de ce dispositif, jugé trop lourd par beaucoup de participants, a conduit à son adaptation dès 2009 : les activités se sont dès lors recentrées sur le plaisir, l’aspect collectif, … La vocation thérapeutique y est désormais sous-jacente mais l’activité se suffit à elle-même.

Les activités se font toutes sur proposition d’un membre de l’équipe du Centre d’Addictologie, selon ses souhaits, ses idées et ses compétences : celui-ci monte alors son projet, la plupart du temps avec un intervenant extérieur spécialisé. L’ensemble des activités mises en place permet de proposer aux usagers du Centre d’Addictologie en moyenne quatre activités par semaine sur toute l’année. Ce programme est renouvelé chaque année sur la base des évaluations à mi-parcours et du bilan collectif effectué notamment dans le cadre du Conseil de la Vie Sociale (instance impliquant les usagers).

Chaque activité a lieu de manière régulière : une fois par semaine ou une fois tous les 15 jours. L’inscription y est libre.

Voici pour exemple certaines des activités proposées dans le cadre de l’action : escalade, « atelier sonore », quatuor Florestan, « atelier des saveurs », petit déjeuner, randonnée, modelage, éveil corporel, activité physique adaptée…

Le cas échéant, quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

Le taux de remplissage des activités est satisfaisant et les usagers n’hésitent pas à proposer ou réclamer de nouveaux ateliers.

Au-delà de ses effets thérapeutiques, l’action a également permis à l’équipe du Centre d’Addictologie, divisée en deux services situés sur deux sites géographiques distincts, de se rassembler autour d’un projet commun, de s’investir dans de nouvelles activités fédératives.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

L’ARS est le financeur principal de ce projet depuis son démarrage en 2008.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

A travers cette action, il s’agit de détourner l’accompagnement des personnes usagères de substances psychoactives de la question purement médicale pour les emmener vers celle du sens de la consommation, du choix qu’elles ont fait (leurs attentes, leurs besoins,…). L’objectif est bien « d’aller vers l’usager », de s’appuyer sur ses compétences et sur ses projets pour lui proposer ensuite un accompagnement adapté, individualisé, prenant en compte avant tout les déterminants de sa santé, son histoire personnelle et son environnement global.

En proposant aux personnes un accompagnement collectif, basé sur le plaisir et la création de lien social, l’action leur donne la possibilité d’agir et de reprendre confiance dans un domaine totalement étranger à leur consommation. Le Centre d’Addictologie propose ainsi aux usagers d’être véritablement « acteurs de leur santé ». Cette modalité d’accompagnement vient en complément des entretiens individuels.

A travers le lien créé avec des structures extérieures (clubs, associations, intervenants…), les activités proposées permettent aux personnes de renouer avec leur environnement réel, de réinvestir la sphère des loisirs, de retrouver concrètement des activités vectrices de plaisir et de lien social. Cet aspect de l’action répond à l’objectif de santé consistant à permettre aux personnes de « s’adapter à leur environnement ».

Cette action a permis de fédérer les équipes du Centre d’Addictologie autour d’une approche globale des addictions, « l’addictologie », alors que les différents services étaient séparés avant 2008 entre CCAA, CSST… L’action a donc permis de faire progresser l’acquisition d’une culture commune au sein du service, de décloisonner ses différentes composantes, contribuant également à l’amélioration de la prise en charge globale des patients.

Contact :

Elise Gaugler, médecin coordinateur adjoint
Elise.gaugler@nullchru-strasbourg.fr
Centre d’Addictologie, Médicale B
Hôpital Civil
1 place de l’hôpital BP 426
67091 Strasbourg Cedex
Tél : 03 88 11 60 01

Les Après-Midi Découverte d’outils (AMD) : bilan et perspectives

 

amd

 

Article rédigé en septembre 2013 par M. Joseph Becker, président de l’IREPS Alsace, avec le soutien de toute l’équipe de l’IREPS.

 

De quoi s’agit-il ?

Ce sont des réunions de personnes engagées dans la prévention et la promotion de la santé et désireuses d’avoir une première connaissance des outils en éducation pour la santé disponibles à l’Espace régional de documentation (ERD).

Qui les organise ?

L’Espace Régional de Documentation (ERD), structure créée pour diffuser de la documentation de qualité dans le milieu de la prévention et de la promotion de la santé. Cette structure utilise des ressources de l’Instance Régionale d’Education et de Promotion de la Santé en Alsace (Ireps-Alsace) et de la Caisse Régionale Retraite et Santé au Travail (Carsat-Alsace-Moselle).

Lorsque le thème de la séance est l’addiction, le Centre d’Information et de Documentation sur la Drogue et les Dépendances (CIRDD) est associé à l’organisation et à l’animation de la séance.

Qui les anime ?

Un(e) documentaliste, ou un(e) chargé(e) d’accueil documentaire et un(e) chargé(e) de projet.

Où cela se passe-t-il ?

Dans le Bas-Rhin et le Haut-Rhin, systématiquement  à Strasbourg et à Mulhouse mais également souvent à Colmar.

Par ailleurs, des après-midi, peuvent également être organisées, dans une autre commune ou dans les locaux d’une structure qui en ferait la demande.

Comment cela se passe-t-il ?

Trois séances sont organisées chaque année. Le calendrier est disponible sur le site de l’Ireps (www.irepsalsace.org)  et sur celui de la Carsat (http://www.carsat-alsacemoselle.fr)

Les séances regroupent une douzaine de participants.

1er temps : analyse des outils en petits groupes grâce à une grille d’analyse conçue pour comprendre l’outil : public ciblé, utilisateurs potentiels, type de pédagogie appliquée, intérêt pour tel ou tel projet…

2e temps : évaluation de l’outil (atouts et limites) au regard de son contenu, de son utilisation possible auprès du public et de son fondement éthique

3e temps : mise en commun des réflexions et échanges autour des différents outils avec l’ensemble des participants.

4e temps (après la séance) : rédaction d’une fiche de synthèse sur les informations élaborées lors des séances. Ces fiches sont accessibles en ligne sur www.irepsalsace.org ou sur www.bddr.pepsal.org

 Quelle utilité pour les participants ?

  • connaître un nouvel outil grâce au regard croisé de plusieurs personnes (experts et usagers potentiels). Grâce à cette connaissance, en faire un meilleur usage.
  • confronter sa propre représentation de ce qui est utile pour faire avancer la prévention et la promotion de la santé avec celle d’autrui.
  • progresser dans l’acquisition d’une culture commune en matière de santé publique.
  • se remémorer les priorités régionales en matière de prévention.

Combien de participants depuis 2008 ?

En cinq ans, 700 professionnels ont assisté à une AMD. 20 thématiques ont été abordées et 135 outils ont été analysés.

Quelle appréciation a été portée sur ces séances ?

Largement positive tant sur la méthode (animation, échanges, climat convivial) que sur le fond

Un seul regret : souvent trop court, les participants ne peuvent, en général, échanger de façon approfondie que sur l’outil analysé dans leur « petit groupe ». Le temps de restitution est le plus souvent jugé trop court.

C’est pourquoi, l’Ireps organise  un prolongement aux AMD 

Le café-outil

Proposition dès le 4e trimestre 2013 d’un « café-outil » (réalisé à Mulhouse)

Autour d’un café, se réuniront des personnes qui ont découvert l’outil lors d’une AMD et/ou qui l’on déjà utilisé.  Elles  échangeront sur leur expérience vécue.

Le premier café-outil  programmé concerne l’outil ADO SEXO, Quelles Infos ?
Il aura lieu le vendredi 06 décembre 2013 à 9h dans les locaux de l’IREPS à Mulhouse

Contact

Les personnes ayant utilisé cet outil et intéressées par la démarche peuvent s’inscrire dès à présent auprès de Florence Pascolo au 03 89 46 59 06 ou bien à l’adresse suivante florence.pascolo@nullirepsalsace.org

 

Promotion de la santé dans des épiceries sociales

Route de la sante

 

Entretien réalisé en juin 2013 par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Sandrine Saas, coordinatrice en santé publique pour la Route de la Santé.

 

 

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

L’association La Route de la Santé a été créée à l’initiative des CPAM du Haut-Rhin et du Bas-Rhin en 1998 dans le but de monter des projets d’éducation pour la santé avec les communes alsaciennes. Elle compte une salariée et son conseil d’administration est composé de représentants d’institutions (CPAM du Bas-Rhin, MSA…) et de collectivités locales des deux départements.

Aujourd’hui, l’association a particulièrement pour objet de monter des projets dans les domaines de l’alimentation et de la nutrition auprès de deux publics spécifiques :

  • ­Les enfants de la maternelle, du primaire ou participant au périscolaire, en associant leurs parents, leurs enseignants mais également les responsables du périscolaire et des cantines.
  • ­Les personnes en situation de précarité, dans le cadre des épiceries sociales ou de l’ADAPEI (Association Départementale des Amis et Parents de Personnes Handicapées Mentales).

L’association répond à des demandes d’appui formulées par des collectivités locales et leur apporte, selon les besoins exprimés, son expertise sur le montage du projet, la recherche des subventions ou la mise en œuvre. Elle s’occupe également de la rémunération directe et du suivi des diététiciennes associées à l’action ci-dessous.

Quels sont l’origine (contexte, histoire…) et l’objectif principal de votre projet ?

Démarrée en 2006, l’action présentée ici cible les personnes en situation de précarité, avec comme objectif principal de leur permettre de faire des choix plus favorables à leur santé, notamment dans le domaine de l’alimentation.

S’inscrivant dans le cadre des ateliers cuisine mis en place par les épiceries sociales des communes concernées, l’action s’appuie sur les constats réalisés lors des différentes activités mises en place par ces structures : habitudes alimentaires ne respectant pas les critères d’équilibre contenus dans le PNNS, insuffisance de la consommation de fruits et légumes, méconnaissance et sous-consommation de certains aliments ou produits proposés à la vente…

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème de santé votre projet va-t-il agir ?  

Cette action vise à réduire l’incidence des problèmes de santé liés à une mauvaise alimentation au sein des populations en situation de précarité : surpoids, obésité, diabète… A travers ses activités, elle agit sur plusieurs déterminants de l’alimentation et de la nutrition des populations bénéficiaires :

La méconnaissance de certains aliments ou de leurs modes de consommation

Comme beaucoup d’autres publics, en matière de cuisine, les bénéficiaires des épiceries sociales ont leurs habitudes et leurs savoir-faire acquis de longue date et ne cherchent pas toujours à diversifier leur alimentation en achetant des produits qu’ils ne connaissent pas : fruits et légumes de saison, produits locaux ou régionaux, féculents, …

C’est pourquoi des activités sont mises en place pour leur faire découvrir des produits peu consommés dans ces épiceries malgré leurs qualités gustatives ou leurs avantages nutritionnels : actions d’information, séances de dégustation, cours de cuisine…

Le coût (réel ou supposé) d’une alimentation équilibrée

Beaucoup continuent de penser qu’une alimentation équilibrée n’est pas accessible à tous les budgets. C’est pourquoi l’action met l’accent sur les possibilités existant de manger mieux sans dépenser plus : en achetant par exemple certains produits séparément (féculents, épices…) au lieu d’acheter des plats préparés, en préparant soi-même ses sauces ou ses gâteaux, en comparant les prix des produits lors des séances de dégustation…

Les habitudes culturelles ou familiales liées à l’alimentation

Il semble que certains aliments gras ou sucrés soient perçus par des parents récemment arrivés en France comme facilitant l’intégration de leurs enfants : goûters, pizzas… Cette notion est, elle aussi, prise en compte par l’organisation d’ateliers valorisant les menus traditionnels ou favorisant l’échange de menus entre bénéficiaires d’origines diverses, en les adaptant si besoin aux produits en vente dans les épiceries sociales.

L’insuffisance d’activité physique régulière

Enfin, l’action intègre dans ses activités quotidiennes la promotion d’une activité physique régulière (au moins 30 minutes par jour).

Certaines diététiciennes mettent également en place, selon les bénéficaires, la motivation ou la demande, des groupes constitués et leur proposent de l’exercice, des promenades, des journées thématiques de découverte : parcours de santé, pommeraies, palais du pain d’épice, fermes locales…

Décrivez-nous les activités que vous allez mettre / avez mises en place

L’action met en œuvre trois types d’activités :

Des ateliers cuisine :

Alors que chaque épicerie sociale organise des ateliers sur des thèmes comme la cuisine, le budget, les économies d’énergie… en présence d’une CESF (Conseillère en économie sociale et familiale), dans le cadre de l’action, les diététiciennes de la Route de la Santé interviennent en complément pour animer entre 6 et 12 ateliers par an sur le thème spécifique de la nutrition.

Organisés d’abord autour de la cuisine et de la dégustation, avec une visée « pratique » de transmission ou d’échanges de savoir-faire, ils s’adaptent progressivement aux demandes formulées par les bénéficiaires au cours des ateliers, en fonction des problématiques émergentes. Ils peuvent ainsi prendre la forme d’ateliers d’échange et de discussion autour de thèmes plus larges : le goûter des enfants, les régimes, les problèmes du quartier…

Des ateliers organisés pendant la distribution  (soit un  ou deux jours par semaine ou par mois, selon le fonctionnement de l’épicerie sociale…) :

Les diététiciennes de la Route de la Santé sont présentes une fois par mois ou par trimestre aux côtés des CESF lors de l’ouverture de l’épicerie sociale. Elles organisent alors des ateliers à destination des bénéficiaires, en fonction des produits mis en vente, des arrivages, des habitudes de consommation constatées lors des séances précédentes…

Exemple : dégustation de légumes de saison : aubergines, choux, endives,… redécouverte et amélioration de produits en boîtes: taboulés,conserves de poissons, plats cuisinés (conserves Union Européenne), sauces tomates, augmentés de légumes frais (tomates, concombres…).

Lorsque c’est possible, un lien est établi avec les ateliers cuisine : exposition de fiches recettes élaborées en groupe, présentation d’arrangements de fruits, café…

La formation des bénévoles des épiceries sociales :

Les diététiciennes de l’association organisent également des formations visant à donner aux bénévoles intervenant dans les épiceries sociales des notions sur l’équilibre alimentaire, la gestion des dates de consommation, l’alimentation des enfants, les méthodes de promotion des fruits et légumes… Ces thèmes sont eux aussi adaptés aux demandes formulées par les bénévoles. 

Le cas échéant, quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

Depuis son démarrage, le projet a déjà bénéficié à 6 communes d’Alsace (Thann, Lingolsheim, Reichshoffen, Lauterbourg, Haguenau, Bischwiller) et continue aujourd’hui de s’étendre à de nouvelles communes (Villé et Wisches pour 2013).

Globalement, nous avons constaté dans le cadre de l’action une augmentation de la consommation de fruits et légumes par les bénéficiaires, la diminution des restes lors des dégustations, et surtout l’apparition progressive d’un public plus actif : les bénéficiaires n’hésitent plus à poser des questions aux bénévoles, à discuter lors des ateliers…

Les bénévoles ont également changé leurs habitudes : lors des petits déjeuners, le traditionnel triptyque « café, croissants, gâteaux » a  progressivement été remplacé ou complété par des fruits, des jus…

Enfin, l’évaluation de l’action a également mis en évidence la création de liens sociaux entre les bénéficiaires ou clients des épiceries : des rencontres extérieures, des actions d’entraide…

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

Les partenaires principaux de cette action sont les communes qui la mettent en place, avec le soutien de la Route de la Santé. Ce partenariat, qui démarre généralement autour de l’action présentée ici (épicerie sociale) est souvent élargi aux autres domaines d’intervention de l’association, en particulier l’action auprès des enfants et encadrants de la maternelle et du primaire.

L’action est soutenue par de nombreux partenaires :

  • l’Agence régionale de santé,
  • la DRAAF
  • le régime local
  • les communes adhérentes à l’association.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

L’action a pris en compte différents déterminants de l’alimentation des personnes en situation de précarité, notamment dans le cadre de leur participation à une épicerie sociale. Elle s’inscrit en outre dans le cadre d’une action plus large de l’association, qui agit généralement sur la même thématique, dans la même commune, auprès de publics et dans des cadres diversifiés : enfants, enseignants, personnes handicapées, élus… Cette présence auprès de différents publics permet à l’association d’augmenter l’impact de ses actions sur la santé globale des habitants de la commune. 

L’action s’inscrit dans le projet mis en place par les communes ou les communautés de communes pour améliorer la santé et le bien-être des habitants. Elle s’inscrit donc dans une politique publique, la politique de la ville, agissant elle aussi sur de nombreux déterminants de la santé des habitants.

Dans toutes ses activités, l’action s’adapte aux savoirs et aux aptitudes des personnes à qui elle s’adresse, afin de coller à leurs attentes, de répondre à leurs besoins, mais aussi de leur permettre de s’impliquer dans son déroulement : choix des thématiques abordées, création de visuels (fiches, préparations culinaires…). Cette souplesse est favorisée par la présence systématique des CESF lors des ateliers de la Route de la Santé, qui permet d’élargir le champ des thématiques abordées au-delà de la nutrition et de l’alimentation. En outre, ces ateliers sont l’occasion pour les CESF de compléter les entretiens individuels qu’elles organisent avec les bénéficiaires et d’identifier de nouveaux besoins qui n’auraient pas été abordés spontanément.

Contact :

Association La Route de la Santé – 2 avenue de Schweisguth – 67605 SELESTAT – 03.88.58.81.08

« Alcool et autres drogues : sensibiliser pour réduire les risques »

CIRDD

 

Entretien réalisé en mai 2013 par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Elisabeth Fellinger, directrice du CIRDD Alsace, sur une action s’inscrivant dans le cadre de la promotion de la santé.

 

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ?

Association de droit local fondée en 2005, le CIRDD est un centre de ressources intervenant dans le champ des drogues et des conduites à risque. Il a trois missions principales :

  • La gestion d’un centre de documentation thématique.
  • La formation des acteurs de la prévention et du soin intervenant dans le domaine des addictions et conduites à risque.
  • L’ingénierie de projet et l’intervention en prévention.

Cette dernière mission comporte elle-même 3 axes :

  • un axe : dispositif d’appui aux chefs de projet MILDT (Mission interministérielle de lutte contre les drogues et la toxicomanie) des départements pour la mise en œuvre des actions du plan gouvernemental,  
  • un axe : portage du dispositif des stages de sensibilisation aux dangers des stupéfiants auprès des services des Parquets de Strasbourg et de Saverne (stages destinés aux personnes majeures),
  • un axe : appui aux acteurs de terrain intervenants auprès des jeunes dans et hors milieu scolaire sur le département du Bas-Rhin.

Quelle est l’origine de ce projet ? Quels sont ses objectifs ?

L’observation, par l’infirmière du Lycée A. Dumas, dès 2006, de diverses situations d’élèves présentant des comportements de consommation abusive d’alcool ou autres substances l’avaient conduite à s’adresser au CIRDD pour une action ponctuelle : l’organisation d’un café débat avec une classe de terminale pro.

Cette action « starter » a servi de base à l’élaboration d’un projet intégré au projet pédagogique de l’établissement. Il s’agissait d’abord d’affiner l’état des lieux des usages de substances chez les élèves concernés, d’évaluer les prises de risque au regard des données nationales et de lever un certain nombre de freins au sein de l’équipe pédagogique du Lycée, en particulier vis-à-vis de l’abus d’alcool. En effet, parler d’alcool dans un contexte d’enseignement de la gastronomie, de l’œnologie et du bien manger reste compliqué.

Très fortement soutenu par la Direction du Lycée et porté par l’équipe santé, le projet s’est construit autour de 4 objectifs :

  • former les adultes (équipes administrative et sanitaire, enseignants et parents) en travaillant sur leurs représentations,
  • sensibiliser collectivement tous les élèves entrant au lycée et approfondir la question du risque alcool en lien avec le risque professionnel,
  • permettre à l’infirmière du Lycée de mieux repérer les élèves en difficulté et de les orienter vers une consultation avancée, proposée au sein du lycée, assurée par un intervenant addictologue extérieur, de service hospitalier,
  • construire un protocole d’orientation vers un accompagnement pour les élèves ayant enfreint le règlement intérieur (alcoolisations ou consommation de cannabis au lycée).

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème votre projet agit-il ?

Cette action vise à réduire les conséquences immédiates des prise d’alcool et de drogues : accidents du travail, accidents de circulation, comas et à réduire, à plus long terme, les conséquences somatiques sur l’organisme des jeunes.

L’action agit sur plusieurs déterminants de ces problèmes de santé :

Un environnement professionnel et scolaire particulièrement incitatif.

En matière de consommation de produits addictifs, le milieu professionnel de l’hôtellerie et de la restauration induit un rapport à l’alcool qui peut être incitatif : rapport au plaisir et à la convivialité procurés par l’alcool, enseignement de l’œnologie, conseil à la clientèle, associations gastronomiques et plaisirs de bouche mais aussi une certaine pénibilité qui favorise le recours aux substances psychoactives dont la première est le tabac : horaires décalés (services en salle ou aux bars), proximité permanente de l’alcool (bars), fatigue physique ..

L’action a donc pour objectif de susciter une prise de conscience collective et individuelle, par les élèves et leurs enseignants, de ces risques spécifiques pouvant entrainer des addictions.

Des représentations plutôt favorables à la consommation dans un contexte hôtelier.

L’action a permis un travail sur les représentations des enseignants et des élèves en matière d’addictions, en abordant toutes les consommations : alcool, tabac, cannabis dans leur ensemble et leurs fonctions. Cette approche globale a contribué à lever les réticences de certains enseignants à parler des risques potentiels de la consommation d’alcool, et principalement du vin, et leur a fait comprendre que l’on pouvait, sans moraliser ni dramatiser, informer sur les risques et responsabiliser les jeunes par rapport au métier, à leurs relations sociales et à leur santé.

Une alternative aux sanctions

Le projet a permis de faire évoluer les modalités de « sanctions » lorsque des élèves présentent des comportements d’alcoolisation ou de consommation de drogues illicites dans l’enceinte du lycée.

Une consultation de repérage et de motivation a été mise en place régulièrement au sein de l’établissement, assurée par une infirmière addictologue, qui travaille de concert avec l’infirmière du lycée. Cette offre permet d’orienter les élèves surpris en train de consommer en leur proposant ainsi une aide, sous forme de quelques entretiens ou, si nécessaire, d’une orientation pour un suivi.

Cette démarche d’accompagnement individualisée remplace la sanction disciplinaire, inefficace sur un changement d’habitudes de consommation et encore moins sur une situation de dépendance éventuelle.

Décrivez-nous les activités que vous avez mises en place dans le cadre de cette action.

  • En 2008 une première formation des équipes pédagogiques et administratives du lycée Alexandre Dumas a été proposée et 30 personnes ont répondu présentes.  Des soirées parents ont lieu tous les ans.
  • Simultanément, un programme de sensibilisation des élèves de Seconde professionnelle et des délégués des autres classes est décliné sous forme d’interventions collectives interactives. Environ 250 élèves y participent chaque année, à raison de 10 séances auprès de 25 à 30 élèves. En outre, les délégués de toutes les classes sont également sensibilisés et chargés de relayer tout au long de l’année les messages transmis en matière de réduction des risques.
  • La consultation avancée de repérage et d’information est proposée à tous les élèves qui le souhaitent, indépendamment du protocole d’alternative aux sanctions. Les jeunes y trouvent, en complément de l’accueil à l’infirmerie, une écoute, des conseils de réduction des risques en matière d’abus d’alcool et de drogues illicites, une aide pour réduire ou arrêter leur tabagisme, gérer leur stress ou leur mal-être.
  • Cette permanence permet de renforcer l’action collective décrite ci-dessus. Elle permet de repérer certains élèves rencontrant déjà de réelles difficultés en matière de dépendance ou évoquant des pratiques répétées pouvant conduire à une dépendance. Ces élèves sont ensuite orientés vers des structures adéquates.
  • Régulièrement, le lycée organise aussi des temps forts plus ponctuels sur le thème des addictions et des conduites à risque qui sont en quelque sorte des piqures de rappel : expositions, journées sécurité routière, interventions d’étudiants IFSI …

Quels résultats avez-vous obtenus ?

  • Ce projet a changé la mentalité des enseignants et levé un certain nombre de tabous.
  • En 4 ans, l’action a sensibilisé directement plus de 1000 jeunes aux spécificités de leur environnement scolaire et professionnel et aux dangers des conduites à risque.
  • Les évaluations réalisées après des séances collectives (quelques mois plus tard) permettent de montrer que les élèves se souviennent assez bien de ces interventions et en retiennent les messages clés.
  • Les actions s’inscrivent dans la durée : quatre ans après le démarrage, l’équipe-pilote et le personnel du lycée sont toujours aussi impliqués et motivés par sa poursuite, ce qui est remarquable en milieu scolaire.
  • Le projet a permis l’instauration d’un partenariat solide et pérenne avec l’équipe du CH d’Erstein et permet ainsi d’articuler prévention collective et prévention individuelle, structure scolaire et structure de soin. Il peut être modélisé et étendu aux autres lycées du territoire.

Quels partenariats avez-vous mis en œuvre pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de votre projet ?

Les partenaires principaux de cette action sont :

  • le Lycée Alexandre Dumas d’Illkirch,
  • le CIRDD sur le volet accompagnement en méthodologie, planification, stratégie et fourniture de supports d’information et d’outils d’intervention,
  • le service d’addictologie du Centre Hospitalier d’Erstein, qui assure les interventions collectives et met à disposition du lycée une infirmière pour les entretiens de repérage et de conseils,
  • les associations étudiantes du lycée, l’IFSI de la Robertsau pour leurs interventions lors d’actions ponctuelles.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

Cette action s’inscrit dans une approche globale de la thématique addictive, en abordant celle-ci sous les différents angles de la transgression de la loi, du risque sanitaire, du risque social et professionnel et de la citoyenneté.

Il intègre l’ensemble des comportements addictifs. Ainsi, les déterminants communs à ces comportements sont analysés de manière transversale : facteurs de vulnérabilité et de protection, notions de plaisir, de stress, de dépendance, travail sur les représentations liées à différents produits, pression des pairs…

En termes de participation, l’action a été élaborée, construite et conduite par une équipe projet interne, pilotée par l’infirmière et la principale adjointe du lycée concerné, avec une méthodologie rigoureuse qui garantit la prise en compte de l’environnement spécifique des élèves dans le montage des activités.

Elle est inscrite dans le projet pédagogique de l’établissement, ce qui représente une condition de pérennité et de suivi particulièrement appréciables et peu communes dans un établissement scolaire.

L’action met en œuvre des techniques participatives, favorisant au maximum l’implication des élèves dans les activités collectives.

Enfin, l’action privilégie une articulation forte entre les activités de prévention et de soin, ce qui favorise un décloisonnement des services de santé s’inscrivant pleinement dans les objectifs de la promotion de la santé.

 www.cirddalsace.fr

  Entretien réalisé par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Elisabeth Fellinger, directrice du CIRDD Alsace.

« Comment ça va ? », un projet de santé communautaire dans le quartier du Neuhof à Strasbourg…

sacso

 

Entretien réalisé en avril 2013 par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Thomas Braun, directeur de l’Association Sacso, sur une action s’inscrivant dans le cadre de la promotion de la santé.

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

Fondée en 2006, l’association Sacso (Santé Culture et Société), dont le siège se situe dans le quartier du Neuhof, au Sud de Strasbourg, a pour objet la promotion de la santé des populations et la mise en place d’actions de prévention dans une perspective de santé communautaire.

A partir d’expériences professionnelles diverses (médecins, infirmiers, psychologue, sociologues) dans le champ de la prévention du Sida, les membres fondateurs de l’association ont choisi de privilégier une approche globale de la santé, qui tiendrait compte des aspects interculturels.

Le rayonnement géographique de Sacso n’est pas limité au quartier du Neuhof, même si actuellement l’essentiel de ses activités s’y déroulent.

Quels sont l’origine (contexte, histoire…) et l’objectif principal du projet ?

Réactualisé en 2012 dans le droit fil des activités déployées par Sacso depuis sa création, le projet « Comment ça va ? » a pour objectif d’accroître le bien-vivre des habitants de la cité Lyautey, située dans la partie nord-ouest du quartier du Neuhof. S’inscrivant dans une perspective de promotion de la santé, ce projet favorise par ses activités la création d’un environnement plus favorable à la santé des habitants en privilégiant leur participation et leur expression directe sur les problématiques de santé les concernant.

Selon les professionnels présents sur le terrain, les familles de la citée Lyautey souffrent d’un contexte particulièrement défavorable (chômage, habitat, insécurité…) et cumulent un grand nombre de difficultés socio-économiques  affectant particulièrement le climat social dans le quartier (tension, agressivité…).

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème de santé ce projet va-t-il agir ?

Par ses activités, ce projet tente d’agir sur la santé globale des habitants de la cité Lyautey. Pour y parvenir, il agit sur plusieurs déterminants de la santé de cette population :

Les difficultés socio-économiques et l’insuffisance de l’accès aux ressources sociales générales :

Le projet propose à la fois un accompagnement individuel, y compris physique, pour l’accomplissement des différentes démarches permettant l’amélioration de la vie quotidienne et du bien-être (santé, droits sociaux, recherche d’emploi, formation etc.) et la mise en place et l’animation de groupes d’échange et de discussion entre habitants sur différentes thématiques liées à la santé, l’éducation, la parentalité, le vivre ensemble.

Une permanence d’accueil individualisé a été mise en place et permet aux personnes de se sentir confortées, soutenues, écoutées dans leurs difficultés, mais aussi dans leurs efforts pour s’en sortir.

Ce travail est accompli sur le terrain par une médiatrice sociale en promotion de la santé* et par le directeur en tant que de besoin.

Un climat social particulièrement tendu et défavorable :

Les activités sont organisées et accomplies avec la volonté de contribuer à apaiser les tensions sociales, ceci de plusieurs manières :

  •  Toutes les activités proposées aux habitants le sont sur la base du volontariat. De plus, elles visent toutes à favoriser le dialogue et l’écoute. Nous veillons en permanence à préserver un bon climat, nous appuyant sur une grande souplesse d’adaptation et d’initiative.
  • Les activités à destination des enfants comprennent un temps d’approche et d’écoute de leurs parents, afin de renforcer la cohérence et la synergie entre leurs référents adultes pour l’adoption de comportements favorables à la santé.
  • L’action cherche à promouvoir les dynamiques collectives d’habitants ou de parents et leur capacité à s’approprier certaines questions de santé pour la mise en place d’actions à destination de leurs pairs.

L’environnement scolaire :

A différents niveaux, de la maternelle au collège, le projet est présent dans la vie scolaire et propose des activités visant qui à lutter contre le décrochage scolaire, qui à promouvoir l’activité physique et créer pour les élèves un environnement plus favorable à leur santé, qui à renforcer l’estime de soi et développer la créativité.

Le partenariat avec les établissements du secteur est un point d’appui particulièrement important et renforce la cohérence globale de l’action.

Les ressources personnelles des habitants :

Le projet cherche en permanence à améliorer les comportements favorables à la santé en agissant sur les compétences individuelles, actuellement sur deux thématiques principales : la nutrition (alimentation et activité physique) et le sommeil, afin notamment de faire face à l’augmentation, constatée sur le terrain, des phénomènes d’obésité et de surpoids parmi les enfants.

Décrivez-nous les activités que vous avez mises en place ?

La promotion de l’activité physique dans le cadre scolaire

A l’école primaire, un professeur d’activité physique adaptée est présent auprès du maître pour l’aider à instaurer une dynamique plus favorable à la pratique de l’activité physique, tant à l’école qu’en-dehors de celle-ci. Il propose ainsi des activités diverses et variées dans le temps scolaire et durant les congés, en athlétisme, gymnastique, sports collectifs et individuels. Sont but est d’augmenter l’endurance à l’effort et l’intensité de celui-ci.

La rencontre avec les parents, chaque fois qu’elle est possible, est un atout important pour répondre à leurs questions et tenter de comprendre et d’agir sur les déterminants (leviers et facteurs de blocage) influençant les comportements de leurs enfants.

Concrètement cette activité s’accompagne en permanence d’une sensibilisation à l’alimentation et à la consommation d’eau pure plutôt que de boissons sucrées. Les effets de ces boissons sur l’organisme sont réexpliqués à cette occasion, ce qui permet aux enfants, mais également à leurs parents, de mettre en lien des informations théoriques et pratiques.

Les ateliers d’EPS pendant les vacances scolaires

Nous proposons des ateliers d’activité physique aux enfants tous les matins pendant les congés. Proposés « à la carte », sur la base du volontariat, ces ateliers connaissent un certain succès (une dizaine d’enfants très ponctuels et assidus lors des dernières vacances de printemps !).

Des excursions en vélo sont également organisées avec des partenaires du quartier pour des groupes parents-enfants.

Les ateliers de lutte contre le décrochage scolaire

Au collège, Sacso propose un atelier de création vidéo à des jeunes collégiens en voie de décrochage. Constitué de volontaires recrutés en cours d’année dans le cadre de l’ERFS (Espace de remise en forme scolaire), ce groupe s’initie actuellement aux techniques et à l’art de la vidéo pour, à terme, créer de petits films ou documentaires.

Ce travail vise à réconcilier l’élève avec l’école, à faciliter son accès à la culture et à favoriser l’implication des parents dans la vie scolaire de leur enfant.

Par ailleurs, un atelier théâtre hebdomadaire est organisé tous les ans depuis 2009 avec des élèves volontaires dans le cadre de l’accompagnement éducatif. Chaque année, le groupe joue le spectacle qu’il a créé auprès des enfants de l’école maternelle toute proche.

La médiation sociale via la présence d’un adulte-relais

Une médiatrice sociale en promotion de la santé assure des permanences hebdomadaires au siège de Sacso pour proposer un accompagnement individuel aux personnes qui le sollicitent. Cet accompagnement peut porter sur les démarches nécessaires au parcours de soins (accompagnement physique aux premiers rendez-vous par exemple), sur les démarches de recherche d’emploi ou encore sur des difficultés d’ordre personnel… Il s’agit d’un dispositif de première ligne dont l’objectif est d’aider les personnes à démêler l’écheveau de soucis dans lequel elles sont prises et permettre ainsi de meilleures orientations. Le cadre fait de confidentialité, d’empathie et d’écoute s’avère efficace.

La médiatrice propose également un ensemble d’activités qui favorisent les contacts, sa reconnaissance et la mobilisation des personnes sur le quartier. C’est ainsi qu’ont été mises en place en 2012 des séances hebdomadaires de « marche lente » pour un groupe de femmes et des séances de jogging. Un projet d’atelier « fitness boxe » pourrait aussi se concrétiser.

Dans les écoles maternelles du secteur, Sacso est présente deux fois par semaine dans le cadre d’une permanence d’accueil des parents. Cet espace partenarial inédit et innovant favorise la remontée des préoccupations des parents concernant l’éducation et la scolarité de leurs enfants en vue d’une meilleure orientation.

Une action de proximité avec la Sacsomobile

La « Sacsomobile » est un camping-car avec lequel nous allons directement à la rencontre des jeunes et des enfants du quartier. Nous circulons sur les différents lieux du secteur, essentiellement pendant la durée des vacances scolaires, au gré de notre inspiration. Les enfants nous attendent avec impatience et nous créons bien involontairement de la frustration sur tous les lieux sur lesquels nous ne sommes pas ! Nous offrons beaucoup d’attention et de prévenance autour de jeux, de dessins et de tout ce qui nous permet d’être en relation et d’engager le dialogue avec ces enfants et ces adolescents. La grande variabilité des âges et l’affluence toujours importante (en moyenne 15 à 25 enfants et ados) témoignent de l’intérêt à se rendre disponible et à l’écoute de ces jeunes. Cette action originale offre aux professionnels de Sacso une occasion formidable, à la fois souple et conviviale, de travailler sur les aspects éducatifs –  en signifiant par exemple leurs désaccords avec certains comportements, en incitant à s’écouter et à s’entendre – et d’agir sur le lien social.

Le cas échéant, quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

En 2012, Sacso a été en relation avec plus de 1 000 bénéficiaires dans le cadre de 13 activités différentes.

D’un point de vue qualitatif, nous constatons un certain nombre d’évolutions dans les attitudes générales. Certains indicateurs nous confortent dans la poursuite de nos actions : de plus en plus d’enfants souhaitent faire plus d’activités physiques ; les attitudes entre eux et avec nous évoluent vers davantage de tolérance et de politesse ; les parents semblent de plus en plus confiants et accueillent toujours favorablement nos sollicitations. Les enseignants de l’école ont développé une dynamique commune autour de l’EPS et ont pallié l’absence puis le départ du précédent professeur d’activité physique.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

Les activités sont pour la plupart menées en partenariat, avec les établissements scolaires, avec les associations du quartier, avec la ville (par exemple dans le cas de la MUZ’), dans le cadre du REAAP etc.

SASCO est inscrite dans des réseaux tels que la Plateforme ressources en Education et Promotion de la Santé, la COREVIH Alsace, des Ateliers territoriaux de partenaires de la ville…

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

Ce projet a vocation à améliorer le climat social du secteur afin qu’il soit plus favorable à la santé. Nous agissons sur plusieurs facteurs et déterminants de santé, principalement sur l’environnement social et sur les ressources personnelles et les comportements des habitants. Nous favorisons par exemple la circulation et la bonne compréhension de l’information sur les dispositifs et les lieux de prise en charge ; nous favorisons également l’accessibilité et l’utilisation de ces dispositifs en travaillant en amont avec les personnes, voire en les y accompagnant. De plus, par notre travail en réseau, nous participons à l’amélioration et à l’adaptation des pratiques en faisant remonter les attentes, les besoins et les difficultés des gens.

Enfin, on peut affirmer que notre action est guidée par la préoccupation constante de participer à la réduction des inégalités sociales de santé.

*Le poste de médiatrice sociale en promotion de la santé est un poste à temps plein de type « adulte relais », c’est-à-dire financé sur les crédits de la politique de la ville.

Des actions d’éducation pour la santé en direction des personnes migrantes : l’exemple de Migrations Santé Alsace

migrations santéEntretien réalisé en février 2013 par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Emilie Jung, chargée de projets à Migrations Santé Alsace, sur une action s’inscrivant dans le cadre de la promotion de la santé.

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

Créée en 1975, l’association Migrations Santé Alsace a pour objectif la promotion de la santé des personnes migrantes et de leur famille. L’association considère la santé d’un point de vue global, en prenant en compte l’ensemble des déterminants sociaux de la santé (le système de santé, l’environnement social, physique, économique…) et, pour cette raison, travaille tant dans le domaine sanitaire que social. La langue d’origine comme déterminant de santé spécifique des migrants constitue la clé de voûte de ses activités. 

L’association compte trois principaux axes d’intervention :

  • L’accès aux droits et aux soins par la mise à disposition d’interprètes professionnels.
  • La formation et la sensibilisation des professionnels des secteurs de la santé et du social à l’accueil des personnes migrantes.
  • L’éducation pour la santé en direction des personnes migrantes.

Quels sont l’origine (contexte, histoire…) et l’objectif principal de votre projet ?

 Migrations santé développe des actions de prévention depuis sa création. L’objectif principal est de permettre aux personnes migrantes de mieux maîtriser leur santé et les facteurs qui la déterminent. Actuellement, deux grandes thématiques sont abordées :

– le dépistage et la prévention des cancers qui comprend un volet sur l’équilibre alimentaire,

– la sexualité, la prévention des IST et la prévention des violences faites aux femmes.

Ces thèmes ont été définis en fonction des besoins et demandes repérés et s’inscrivent dans les priorités du Programme Régional de Santé. Au-delà de leur importance intrinsèque, ils constituent une « porte d’entrée » pour aborder la santé de façon globale avec les populations migrantes. Par ailleurs, l’association est particulièrement attentive à d’autres thèmes de santé qui pourraient émerger.

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème votre projet va-t-il agir ?  

 L’action tente de répondre au problème de l’inégalité d’accès à la prévention pour les personnes migrantes, en particulier pour les femmes. Elle agit sur plusieurs facteurs influençant ce problème de santé :

  • L’inégalité d’accès à l’information et à la prévention en matière de santé

Pour les migrants ne parlant pas encore ou maîtrisant mal la langue française, la barrière de la langue représente un handicap évident pour la compréhension de campagnes d’information et pour la participation à des actions de santé destinées au grand public.

En outre, les populations migrantes étant majoritairement issues des milieux populaires, elles souffrent des difficultés propres à ces publics, traditionnellement moins touchés par les programmes de prévention.  

Migrations Santé Alsace améliore l’accès de ces populations aux messages de santé en proposant des animations en langue d’origine, sur les différentes thématiques évoquées plus haut.

  • L’éloignement géographique des structures de la prévention

Au-delà des informations et connaissance en matière de santé, les migrants sont confrontés directement à des difficultés d’accès aux structures de santé, à la fois pour des raisons de compréhension et de connaissance des structures existantes, mais aussi pour des motifs logistiques tels que l’accessibilité géographique, qui concerne là encore plus largement l’ensemble des populations d’origine modeste.

C’est pourquoi Migration Santé Alsace se déplace directement sur les lieux de vie des populations migrantes pour leur fournir, dans leur langue d’origine, des informations sur leurs droits, leurs démarches, les structures existantes,…  

  • L’influence des représentations et trajectoires migratoires

Comme tout un chacun, les représentations des migrants en matière de santé vont influer sur l’adoption ou non de comportements de prévention. Cependant, celles-ci connaissent des spécificités liées à la langue d’origine et au parcours migratoire. En effet, chaque langue véhicule une conception du monde qui lui est propre et qui touche également à la santé et à l’intime. L’idée même de prévention peut, par exemple, être difficile à traduire dans certaines langues. Par ailleurs, l’expérience migratoire conduit à des recompositions complexes entre les cultures et les modes de vie des pays de départ et d’accueil qui ont également une influence sur la santé. Pouvoir prendre en compte ces différents éléments permet de réaliser un travail approfondi sur les représentations.    

Pour ce faire, Migrations Santé propose de réaliser les animations dans la langue d’origine des personnes concernées. Ceci favorise la participation, l’interaction et les échanges entre les participants.  

Décrivez-nous les activités que vous avez mises en place.

 Migrations Santé Alsace intervient sur différents territoires de la région : quartiers prioritaires dans le cadre des contrats urbains, villes de taille moyenne… Dans un souci de proximité, l’association travaille toujours en partenariat avec des structures accueillant directement les personnes migrantes (centres socioculturels, associations de quartier, centres d’accueil pour demandeurs d’asile, associations communautaires…).  

En amont des animations, la chargée de mission rencontre les professionnels ou bénévoles de la structure partenaire pour cibler le public, recueillir les besoins, envisager les modes d’interventions. Ces temps sont également un moment privilégié pour échanger sur la santé des populations migrantes et les difficultés qui leur sont propres. Le recueil de besoins peut également être approfondi selon les cas par la diffusion d’un questionnaire ou par l’organisation d’une rencontre préalable avec le public. 

Ainsi, des séances d’éducation pour la santé au plus proche des besoins des personnes sont mises en place. L’utilisation de la langue d’origine favorise l’expression des participants et le travail sur les représentations. Pour chaque thème, au moins deux séances sont prévues. Cela permet d’approfondir les échanges, de revenir sur certains points et de créer une plus grande confiance. Les intervenants sont des animateurs bilingues de l’association, formés aux différents thèmes abordés et aux techniques d’animation.

Plusieurs thématiques peuvent être abordées auprès d’un même groupe, ce qui permet un travail dans la durée. L’idée est qu’à terme les structures partenaires se saisissent des enjeux de santé et en tiennent compte dans leurs différentes activités.

Chacune des deux grandes thématiques d’intervention de l’association (prévention et dépistage des cancers, sexualité, prévention des IST, prévention des violences faites aux femmes) dispose d’un comité de pilotage chargé de définir les grandes orientations à la fois méthodologiques, pédagogiques, théoriques etc. Un troisième comité de pilotage global est chargé de réfléchir à l’intégration des actions de l’association dans un cadre de promotion de la santé.

Enfin, la formation continue des animateurs de Migrations santé Alsace est assurée 2 ou 3 fois par an en ce qui concerne la mise à jour des connaissances et les techniques d’animation.

Quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

 En Alsace, en 2012, près de 400 personnes ont déjà été touchées par ces animations, sur un total de 30 séances réalisées au sein de 16 structures différentes.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

 Migrations Santé Alsace réalise ses actions toujours en partenariat avec des structures accueillant les publics migrants : associations de quartier, centres socioculturels, associations liées à la question de l’immigration, collectivités locales pour des actions dans des centres médico-sociaux etc. Les différents partenariats se définissent en cours d’année. 

L’association travaille en collaboration avec des associations spécialisées dans les différentes thématiques de santé, dans le cadre des comités de pilotage : ADEMAS, ADECA, EVE, la Ligue contre le cancer, le CIDFF, SOS Hépatites, Sida Info Service et le Planning Familial.

Enfin Migrations Santé Alsace participe à différents réseaux, ce qui lui permet d’inscrire ses actions dans une démarche territoriale : PEPSAL, Plateforme Santé Précarité, Ateliers Santé Ville de la ville de Strasbourg…

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

  • Un projet favorisant l’implication et la participation des personnes migrantes

Migrations Santé Alsace favorise la participation des migrants aux actions les concernant à plusieurs niveaux :

– Au moment du diagnostic, en organisant, lorsque c’est possible, une séance d’échanges avec les participants pour identifier avec eux leurs demandes en matière d’information ou d’action de santé.

– Au moment des séances elles-mêmes en offrant la possibilité aux migrants de s’exprimer dans leur langue, en privilégiant les techniques d’animation participatives, et en étant sensible aux besoins qui pourraient émerger pendant les séances.

La participation est également favorisée par la réalisation des séances dans le lieu de vie des personnes, dans des structures de proximité.

  • Un projet soutenant les migrants dans la prise en charge de leur santé

Selon Migrations Santé Alsace, une action de santé en langue d’origine ne peut qu’encourager les personnes migrantes à se sentir plus à l’aise dans leur nouvel environnement, contribuer à les mettre en confiance, leur donner envie de prendre soin d’elles-mêmes et ainsi favoriser l’intégration.

L’action en langue d’origine est donc un moyen pour l’association d’améliorer la capacité de ces personnes à prendre en main leur santé et à s’y intéresser, comme le préconisent les principes issus de la Charte d’Ottawa.

  • Un projet prenant en compte les déterminants sociaux de la santé

Le déterminant principal sur lequel les actions d’éducation pour la santé cherchent à agir est celui des comportements individuels. Néanmoins, l’association prend en compte l’ensemble des déterminants dans sa réflexion. Le travail en amont avec les structures partenaires permet de prendre en compte l’environnement social. Par ailleurs, lors des animations, l’analyse des freins à l’adoption de comportements favorables à la santé avec le public prend en compte les différentes dimensions de leur vie quotidienne : difficultés socio-économiques, isolement géographique, difficultés administratives… Selon les difficultés repérées, celles-ci peuvent être retravaillées avec les structures partenaires pour envisager des pistes d’amélioration.

  • Un projet s’intégrant dans une stratégie plus globale de promotion de la santé

Ces actions d’éducation pour la santé sont l’un des maillons d’une stratégie plus globale en matière de promotion de la santé, puisque l’association agit sur plusieurs déterminants de santé : à travers ses activités d’interprétariat et de formation des professionnels de la santé et du social, elle cherche à avoir un impact sur l’organisation du système de soins, en l’encourageant à mieux prendre en compte les besoins spécifiques des populations migrantes.

Reg’Arts Santé Jeunes – Les jeunes Mulhousiens prennent leur santé en main

réseau santé mulhousien ret

Entretien réalisé en janvier 2013 avec la Coordination Santé de la ville de Mulhouse sur une action s’inscrivant dans le cadre de la promotion de la santé.

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

La Coordination Santé de la Ville de Mulhouse est une unité du Service communal d’hygiène et de santé. Son rôle est d’assurer la mise en œuvre des orientations de la ville en matière de promotion de la santé. A ce titre elle développe et soutient, en partenariat avec les acteurs locaux et les habitants, des actions contribuant à la lutte contre les inégalités sociales de santé (ISS) et favorisant la santé et le bien-être sur le territoire mulhousien.

La Coordination Santé pilote également le dispositif des Ateliers santé ville (ASV) de la ville de Mulhouse, dont l’objectif principal est de renforcer la lutte contre les ISS dans les territoires identifiés comme prioritaires par la politique de la ville. L’un des axes forts de ces ASV à Mulhouse est le développement d’actions en direction de la jeunesse. C’est dans ce cadre que s’inscrit le projet présenté ici.

Quels sont l’origine et l’objectif principal de votre projet ?

 L’action « Reg’Arts Santé Jeunes » est née dans le cadre de l’année internationale de la Jeunesse lancée par l’ONU en 2010. Sa première édition a eu lieu en 2011, et la deuxième, commencée en septembre 2012, s’achèvera en mai 2013.

L’objectif général de cette action est de permettre aux jeunes d’être acteurs de leur santé et de devenir des relais de prévention à travers l’élaboration d’outils préventifs et la mise en place d’actions.

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème de santé votre projet va-t-il agir ?  

L’action s’adresse à la santé globale des jeunes (au sens de l’OMS). Ainsi, elle propose aux jeunes de réfléchir et de s’exprimer sur de nombreuses thématiques ou sujets de société les concernant directement, en fonction de leurs priorités ou de leurs préoccupations de santé, ces thématiques pouvant aller de la culture, ou l’insertion professionnelle à la pollution, l’alimentation, la sexualité, les addictions, le mal-être etc.

A travers les activités proposées et les modalités de leur mise en œuvre, l’action agit sur plusieurs déterminants de la santé globale des jeunes :

  • Le développement des ressources et compétences personnelles :

Dans le cadre de l’action, les jeunes se voient confier de nombreuses initiatives et responsabilités : choix d’une thématique de santé, définition des messages de prévention, choix des outils et media utilisés pour diffuser ces messages, recherche des informations par différents canaux : Internet, partenaires du projet, etc.

Cette autonomie favorise la prise de conscience des jeunes sur les questions de santé, mais surtout elle valorise et renforce leur capacité à agir sur leur santé.

  • L’acquisition de connaissances et d’informations sur la santé :

La recherche, la sélection et le traitement des informations en vue de créer des outils de prévention permettent aux jeunes de s’approprier réellement les connaissances acquises en matière de santé. Ce mode d’acquisition des connaissances devrait favoriser une meilleure « digestion » de l’information et augmenter son impact sur la vie quotidienne des jeunes, notamment dans le sens de l’adoption de comportements plus favorables à leur santé et à leur bien-être.

  • Le renforcement du lien social

L’action permet de créer ou de renforcer les liens entre les jeunes d’une même structure, mais aussi entre ces jeunes et les professionnels qui les encadrent.

L’action peut également favoriser une prise de conscience des professionnels concernés –  partenaires, animateurs, éducateurs, professeurs etc. – en leur permettant de découvrir ou de redécouvrir les compétences des jeunes et leur capacité à mener à bien un projet dans lequel ils se sentent investis. En effet, l’action peut favoriser l’expression de compétences qui ne sont pas toujours sollicitées par ces professionnels dans le cadre habituel de leurs activités. Cela permet à la fois de valoriser les jeunes et de recréer un espace de dialogue et d’échanges dans le respect des aptitudes et du rôle de chacun dans cette action.

  • L’accès aux ressources existantes en promotion de la santé

Grâce à son réseau de partenaires, l’action permet aux jeunes de découvrir ou de mieux connaître les structures et ressources existantes en matière de promotion de la santé sur leur territoire, soit dans le cadre de leurs recherches et du montage de leurs actions (appui technique, accompagnement…), soit dans le cadre des stands qui seront tenus par les partenaires lors de la Journée finale de restitution au printemps 2013 (présentation, démonstrations, ateliers, …). 

Décrivez-nous les activités que vous allez mettre / avez mises en place.

 L’action comporte plusieurs étapes : 

a – Après avoir choisi la problématique de santé sur laquelle ils souhaitaient travailler, les jeunes sont invités à rechercher l’information dont ils ont besoin pour monter leur action ou créer leur outil de prévention. Accompagnés ou orientés par des professionnels, ils peuvent solliciter directement les structures partenaires spécialisées, se servir d’Internet, rencontrer les infirmières scolaires, consulter les bibliothèques…

b- Les jeunes définissent les messages qu’ils souhaitent faire passer à travers leur action.

c- Les jeunes choisissent puis produisent leur outil de prévention : vidéos, bande dessinée, tee-shirt, affiche, œuvre collective…

d- 22 mai 2013 : Journée finale de restitution « Reg’Arts Santé Jeunes » : temps fort permettant de valoriser les outils et actions préparés par les jeunes, mais aussi de favoriser la rencontre et les échanges avec toutes les structures partenaires. Cette journée est ouverte à tous, y compris aux jeunes n’ayant pas directement participé à l’action, ce qui permet la diffusion des messages de prévention auprès du grand public mulhousien, notamment auprès de sa jeunesse.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

A travers ce projet, la Ville de Mulhouse mobilise les professionnels de la jeunesse issus des champs social, sanitaire, de l’éducation ou de l’animation. Cette action est montée en partenariat avec l’éducation nationale (collèges, lycées professionnels), la prévention spécialisée (centres socioculturels, foyers d’action éducative…), de nombreuses associations locales (SEPIA, le Planning familial, Le CAP, Sémaphore, …).

22 partenaires jeunesse et environ 300 jeunes sont impliqués directement dans le projet. Certaines structures et personnes ressources (artistes, associations…) sont impliquées dans l’appui à la création des outils de prévention par les jeunes.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

  • Un projet favorisant l’autonomie et la responsabilité des jeunes

Les premiers bénéficiaires de cette action – les jeunes – sont considérés avant tout comme des individus responsables ayant des compétences et des savoir-faire à valoriser, y compris dans la définition des priorités de santé les concernant et dans la traduction de ces priorités en messages de prévention.

  • Un projet de santé communautaire

L’action permet la création d’un espace d’expression pour les jeunes en leur donnant la possibilité de créer eux-mêmes les outils de prévention destinés à leurs pairs (travail de prévention « par et pour » les jeunes). Le public destinataire de l’action est donc invité à s’approprier cette action en lui donnant la forme qu’il juge la plus pertinente, à la fois sur le fond et sur la forme.

  • Un décloisonnement des différents champs de la santé (sanitaire, social, culturel etc.)

En amenant les professionnels de ces différents champs, y compris ceux qui ne se sentent pas spontanément concernés par les problématiques de santé, à s’impliquer dans un projet « santé », l’action contribue à renforcer le rôle de ces professionnels de proximité comme relais auprès des jeunes sur les questions de santé. Ainsi, dans une perspective d’amélioration de la santé globale, l’action invite les professionnels ne travaillant pas dans le secteur sanitaire à se voir eux aussi comme des « acteurs de santé », ce qui contribue en outre à dédramatiser et à faciliter à terme les relations entre ces acteurs et les professionnels du champ sanitaire (infirmières, centres d’examen…).
En outre, cette action « santé » s’inscrit dans la politique globale de la Ville en faveur de la Jeunesse et crée du lien entre ses différents composantes : éducation, insertion professionnelle, activité physique, accès à l’information…

Les Diagnostics locaux de Santé dans le Val d’Argent et la Vallée de la Bruche.

ors alsaceEntretien réalisé en janvier 2013 avec l’IREPS Alsace et l’ORS Alsace sur une action – les diagnostic locaux de santé – sireps‘inscrivant dans le cadre de la promotion de la santé.

Pouvez-vous nous présenter rapidement vos structures?

L’Observatoire régional de la santé (ORS) est un bureau d’études associatif en Santé publique qui a pour vocation d’être un outil d’aide à la décision pour l’élaboration des actions et politiques sanitaires, sociales et médico-sociales. Ses missions sont les suivantes : traitement et diffusion des données statistiques existantes, réalisation d’enquêtes quantitatives et qualitatives venant compléter les données insuffisantes, conseil méthodologique et évaluation d’actions de prévention et de programmes de santé, diffusion de l’information via un centre de documentation et la base de données documentaires en ligne de la Plate-forme ressources en éducation pour la Santé d’Alsace.

L’Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé (IREPS) Alsace est une structure régionale investie dans le champ de la promotion de la santé. Elle assure les missions suivantes : formation initiale et continue des professionnels et futurs acteurs de l’éducation ou de la promotion de la santé, conseil en méthodologie de projets, mise à disposition d’une documentation généraliste dans les domaines de la prévention et de la promotion de la santé et enfin contribution à l’élaboration des politiques locales de santé.

Quels sont l’origine et l’objectif principal de cette action ?

Dans un premier temps, l’ORS a été mandaté par l’Agence régionale de santé (ARS) pour identifier deux territoires prioritaires sur lesquels des efforts particuliers devraient être consentis pour améliorer l’état de santé de la population. Les cantons alsaciens ont été mis en regard notamment en termes d’état de santé, d’offre de soins, mais aussi de situation socioéconomique.

Le traitement de l’ensemble de l’information a permis l’identification de territoires cumulant les indicateurs les plus défavorables. Par ailleurs, les acteurs locaux de ces territoires étaient déjà investis dans une démarche volontariste d’amélioration de la santé de la population et ont donc manifesté un vif intérêt pour la réalisation de ces diagnostics.

Ainsi, les communautés de communes du Val d’Argent et de la Vallée de la Bruche ont été retenues par l’ARS, en accord avec les Présidents des deux collectivités, pour faire l’objet d’une proposition de diagnostics locaux de santé (DLS) devant précéder la signature de contrats locaux de santé (CLS).

L’ARS a ensuite mandaté l’IREPS et l’ORS pour réaliser ces DLS, dont les objectifs étaient les suivants :

– Approfondir le diagnostic sur l’état de santé, l’accès aux soins et aux dispositifs médico-sociaux, la situation sociale et démographique des populations de ces territoires, à partir des données statistiques disponibles mais aussi des besoins identifiés par la population, les professionnels et les élus locaux et des attentes formulées par ces acteurs.

– Déterminer des priorités de santé devant faire l’objet d’actions spécifiques dans le cadre des CLS.

A quels problèmes de santé votre action répond-elle ? Quels déterminants de ces problèmes de santé les DLS ont-ils cherché à explorer, à analyser ?

Les deux territoires retenus pour ces DLS, le Val d’Argent et la Vallée de la Bruche, ont en commun de cumuler de nombreux indicateurs défavorables, tant sur le plan de la mortalité générale ou prématurée que sur les plans socio-économique (taux de chômage, proportion de bénéficiaires du RSA socle, proportion d’ouvriers…) ou démographique (taux élevé de personnes âgées de 75 ans ou plus, indices de vieillissement…). Ils ont également en commun l’investissement préalable des élus locaux dans le champ de l’amélioration de la santé des habitants.

L’approche retenue pour ces DLS s’inscrivait dans le cadre de la promotion de la santé. C’est pourquoi ces DLS ont exploré l’ensemble des données disponibles sur quatre groupes de déterminants de la santé des personnes : l’organisation du système de soins, l’environnement physique et matériel, l’environnement social et enfin les modes de vie et comportements individuels.

En outre, la promotion de la santé reconnaissant aux populations une expertise profane, la méthodologie de ces DLS permettait de privilégier au maximum l’implication des habitants dans la démarche, via différents modes de consultation : entretiens collectifs, réunions publiques et questionnaires.

Quelle a été la méthodologie retenue pour ces diagnostics ?

Il s’agissait de diagnostics partagés entre les élus et les financeurs, les professionnels des secteurs sanitaire, social et médicosocial et les habitants. Chaque diagnostic a respecté les étapes suivantes :

– Une recherche documentaire pour collecter, analyser et synthétiser des documents d’ordre historique, géographique, économique ou sociologique.

– Une recherche d’indicateurs chiffrés permettant d’approcher d’un point de vue statistique la situation du territoire et de ses habitants.

– Un recueil des besoins perçus par les professionnels, via de nombreux entretiens individuelspermettant de vérifier les données quantitatives par une approche plus qualitative des besoins de santé et de leurs déterminants.

– Un recueil des besoins et attentes de la population, des élus et des professionnels, via des entretiens collectifs et par l’intermédiaire de questionnaires diffusés largement dans les deux territoires concernés.

– L’identification de ressources disponibles pour la mise en œuvre du contrat local de santé : acteurs, structures, etc.

Dans le cadre de ce diagnostic, les éléments recueillis auprès des personnes interrogées ont été systématiquement analysés et replacés au sein des déterminants de la santé et des facteurs les influençant. Cet exercice a notamment permis d’identifier des facteurs transversaux ayant une influence sur plusieurs déterminants de la santé des habitants.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

A l’issue des différentes étapes décrites ci-dessus, une analyse approfondie des données tant quantitatives que qualitatives (entretiens, questionnaires…) a permis de faire émerger les principaux problèmes et facteurs défavorables à la santé identifiés sur les deux territoires concernés.

Dans les deux territoires, différentes méthodes d’animation ont été utilisées pour aboutir à une priorisation de ces problèmes, en fonction de leur importance pour les personnes rencontrées ou interrogées et de la fréquence de leur évocation.

Cette priorisation a servi de base à la création de groupes de travail constitués, dans chaque territoire, des professionnels des différents champs mentionnés (sanitaire, social et médicosocial). L’objectif de ces groupes est l’élaboration des CLS qui doivent être signés entre les deux communautés de communes concernées et l’ARS, en vue d’améliorer concrètement et durablement la santé des habitants.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration et la réalisation de ces diagnostics ?

Les diagnostics locaux de santé ont été élaborés conjointement par l’IREPS et l’ORS Alsace, à la demande et sous la supervision de l’Agence régionale de santé, avec la collaboration active des communautés de communes concernées, futures signataires des contrats locaux de santé.

En quoi un diagnostic local de santé s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

La prise en compte des déterminants de la santé 

Le diagnostic explorait tous les facteurs ayant une influence sur la santé, qu’ils relèvent de l’organisation du système de santé ou qu’ils soient de nature socio-économique, socioculturelle, matérielle… Ce parti pris a permis de prendre en compte la santé globale de la population, au sens de l’OMS (la santé étant considérée dans ce diagnostic comme un moyen, une ressource pour réaliser ses ambitions et s’adapter à son milieu, non comme un but en soi).

Le renforcement des actions communautaires

Dans le cadre de ce diagnostic, le point de vue des habitants a été recherché, écouté et entendu. L’analyse des problèmes et leur priorisation ont mis sur le même plan les avis recueillis auprès des habitants, des professionnels ou des élus.

Le décloisonnement des champs de la santé et de la prévention

Le diagnostic visait à impulser une dynamique entre les professionnels de différents champs : sanitaire, mais aussi social, médicosocial, de la culture et des loisirs, etc. Les méthodes d’animation et de recueil utilisées visaient aussi bien à les réunir qu’à les faire travailler ensemble à l’amélioration de la santé globale des habitants.

Les rapports des diagnostics locaux de santé du Val d’Argent et de la Vallée de la Bruche sont consultables en ligne sur les sites internet de l’IREPS et de l’ORS, sous les liens suivants :

 – http://www.irepsalsace.org
http://www.orsal.org

  Entretien réalisé par Aline Audin (coordonnatrice de la Plate-forme Ressources) avec Cécile Cayre et Laurence Moine, respectivement chargée de projet à l’IREPS et chargée d’études à l’ORS Alsace.

Tom et Lisa ou la réduction du risque alcool dans le cadre de la fête

afpraEntretien réalisé en novembre 2012 avec l’AFPRA (Association de formation et de prévention des risques addictifs) sur un projet de prévention et de promotion de la santé.

Présentez-nous rapidement votre structure ?

L’AFPRA, dont le siège est situé à Mulhouse, compte 8 salariés.

L’association est structurée autour de trois pôles d’activités : la prévention des conduites à risque chez les jeunes de 3 à 25 ans, l’insertion et enfin la formation. L’action présentée ici s’intègre dans le premier de ces pôles. L’ensemble de l’activité de ce pôle touche à la fois les jeunes et les adultes accompagnant ces jeunes au quotidien: parents, équipes éducatives des établissements scolaires, animateurs sportifs et de loisirs, éducateurs, personnels médico-sociaux…

Pour les plus jeunes, l’action vise le développement des compétences psychosociales, pour les plus âgés elle cherche à susciter la réflexion, l’analyse des expériences vécues, la connaissance des produits consommés etc. En outre, l’association propose aux adultes concernés un accompagnement de projet, un appui méthodologique ou encore un soutien à la parentalité.

Quelle est l’origine de votre projet ? Quels sont ses objectifs ?

L’action a été montée à un niveau transfrontalier par trois structures de prévention : la Villa Schöpflin située à Lörrach en Allemagne, le Service de prévention des Cantons de la ville de Bâle et l’AFPRA.

Elle est partie d’un constat partagé par ces trois structures : celui de l’alcoolisation massive des jeunes dans le cadre de la fête privée. Ce constat, posé par les professionnels, est étayé par des données statistiques à la fois nationales et européennes : l’augmentation des ivresses répétées, la baisse de l’âge des premières ivresses, l’apparition d’un phénomène de binge drinking etc.

Au niveau local, l’Agence régionale de santé d’Alsace, dans un état des lieux de février 2011 réalisé pour l’élaboration du Programme régional de santé, a également mis en évidence des conduites d’alcoolisation massive en une seule occasion comme phénomène émergent chez les jeunes.

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème votre projet agit-il ?

Le principal problème de santé auquel cette action tente de répondre est celui de la mortalité des jeunes dans le cadre de la réduction des risques suite à une alcoolisation massive.

Les déterminants de ce problème sur lesquels l’action agit sont les suivants :

L’acquisition de connaissances et de compétences personnelles permettant aux jeunes de faire face aux situations problématiques

Outre l’enseignement des gestes de 1er secours, pré-requis à cette intervention, l’action favorise la réflexion des jeunes afin qu’ils puissent mettre en place des comportements responsables de manière individuelle ou collective lors d’une alcoolisation massive.

Ces connaissances et compétences acquises seront des éléments déterminants dans la gestion par les jeunes de situations d’urgence telles que le coma éthylique, ou des situations à risque en matière de sexualité, conduite automobile, comportements de violence physique, bagarres, perte de contrôle etc.

L’action fait ainsi réfléchir les jeunes sur leur capacité à « dire non », à prendre des initiatives, à régler certaines de ces situations problématiques, à aller chercher de l’aide quand c’est nécessaire…

La notion de coresponsabilité

L’action incite les jeunes à réfléchir à la notion de responsabilité individuelle ou collective, notamment en cas d’incident survenu lors d’une fête privée : dégradation des locaux, bagarre, coma éthylique etc. Les élèves se posent donc collectivement la question de celui qui porte la responsabilité de ces incidents : celui qui invite, celui qui boit ou se bagarre, les camarades présents à la fête, les parents … ? Autrement dit, le contexte de la fête exonère-t-il de toute capacité de réflexion, d’initiative, et peut-être de responsabilité partagée entre les participants ?

Cette réflexion permet d’aborder la possibilité de s’organiser ensemble pour participer à des fêtes plus sûres, moins alcoolisées.

L’environnement familial ou institutionnel

Par des jeux de rôles ou des tests de connaissance, l’adolescent est invité à se poser la question du rôle des parents ou des institutions dans l’information, l’encadrement ou la protection des jeunes face à la consommation d’alcool.

La réduction des inégalités sociales de santé

L’action se met en place prioritairement sur les territoires identifiés par l’ARS comme présentant un déficit en matière d’action, de ressources ou d’intervenants sur le thème de la prévention des risques addictifs, notamment chez les jeunes.

Décrivez-nous les activités que vous avez mises en place dans le cadre de cette action

L’action est organisée autour d’un scénario de départ : Tom et Lisa vont fêter leurs 18 ans et ils décident d’inviter leurs amis à leur anniversaire. Sur cette base, les jeunes imaginent ensemble comment organiser cette fête, ils essaient de trouver des arguments pour faire accepter par leurs copains une fête sans alcool, ils réfléchissent aux moyens de l’animer et de mettre de l’ambiance sans consommer de l’alcool ou un autre produit, enfin ils apprennent à gérer ensemble, si cela se produit, des situations problématiques pouvant survenir si l’alcool est toutefois présent.

L’action compte 7 heures d’intervention. Les 3 premières heures (pour la partie française de cette action transfrontalière) proposent une initiation aux gestes de premier secours. Les heures suivantes, réparties sur deux modules, sont consacrées aux questions posées ci-dessus, sous forme de jeux de rôle, de tests de connaissance ou de réflexion collective.

L’action est conçue sous la forme d’un jeu interactif : les jeunes au début de l’intervention sont répartis par équipes de 5 ou 6, chaque équipe pouvant gagner des points au fur et à mesure du déroulement du jeu en fonction de ses propositions. Pour chaque thème abordé, ils sont invités d’abord à réfléchir au sein de leur sous-groupe, puis à restituer ou à mimer leurs idées ou propositions à l’ensemble du groupe. Ils doivent développer une argumentation pour défendre leur point de vue et obtenir sa validation par le groupe entier.

Lors du deuxième module, les jeunes réfléchissent au rôle de leurs parents, expérimentent les gestes appris lors de l’initiation aux premiers secours, testent leurs connaissances sur les idées reçues et les risques liés à l’alcool et apprennent à qui s’adresser en cas d’incident survenu au cours d’une fête.

En conclusion, il est demandé aux jeunes d’identifier tous ensemble 3 idées forces leur permettant d’organiser leur prochaine fête en tenant compte de la réduction des risques.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

L’action fournit quelques éléments d’évaluation que nous pouvons reproduire ici :

  • 70% des élèves concernés ont apprécié l’intervention, 22,4% un peu et 7,6 pas du tout
  • 63,2% disent avoir appris quelque chose de nouveau, 76,3% se pensaient bien informés sur les risques liés à une consommation excessive d’alcool avant l’intervention: 92,7% après.
  • 64% des jeunes indiquent savoir à qui s’adresser si besoin (lieu d’écoute indiqué en premier)

Quels partenariats avez-vous mis en œuvre pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de votre projet ?

L’action Tom et Lisa est une animation tri-nationale, élaborée conjointement par 3 partenaires transfrontaliers : la Villa Schöpflin située à Lörrach en Allemagne, le Service de prévention des Cantons de la ville de Bâle et l’AFPRA à Mulhouse.

Sa réalisation a pu voir le jour grâce aux préfectures du Haut Rhin et du Bas Rhin dans le cadre des financements MILDT, ainsi que d’un financement ARS.

La réalisation graphique du jeu a été produite par L’ISAA de Strasbourg (Institut Supérieur des Arts Appliqués).

En France, la mise en place de l’action s’organise grâce à un partenariat étroit avec l’Education Nationale (rectorat, inspections académiques Haut Rhin et Bas Rhin, moniteurs de 1ers secours…).

En outre, dans chaque établissement concerné, un partenariat spécifique se met en place avec les équipes pédagogiques et les chefs d’établissement afin de prendre des décisions sur les points suivants : choix des classes, objectifs de l’intervention, choix des outils et techniques appropriés…

Sur certains territoires, le projet est de développer cette action de manière plus large en organisant des formations d’intervenants auprès des jeunes. Cette formation intègrerait à la fois l’acquisition de connaissances sur les conduites addictives et plus spécifiquement sur la consommation d’alcool, sur la démarche de projet et sur l’animation du jeu interactif « Tom et Lisa ». Un jeu serait fourni au groupe à l’issue de cette formation.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

L’action présentée ici est fondée sur le principe de la participation des jeunes à la définition et à l’élaboration des messages, solutions ou problématiques les concernant directement. Par conséquent, l’action part de la réalité du quotidien de ces jeunes, qui fabriquent eux-mêmes l’animation et son contenu avec ce qu’ils sont, l’outil fournissant uniquement un cadre leur permettant de s’exprimer.

L’action ne se contente pas de fournir de l’information aux jeunes, mais s’efforce par ses méthodes de renforcer les compétences et ressources personnelles de ces jeunes pour augmenter leur capacité à prendre en main les questions liées à leur santé ou à ses déterminants (empowerment).

En outre, l’action ne stigmatise pas un comportement ou une personne adoptant un comportement mais prend en compte les déterminants aussi bien sociaux qu’individuels ou institutionnels permettant d’expliquer ces comportements. L’action insiste donc sur la notion de coresponsabilité et renforce la capacité des jeunes à exercer leur créativité et à élaborer leur pensée de manière autonome.

Enfin, l’action a également le souci de ramener les jeunes vers les personnes ou ressources pouvant les accompagner au quotidien, en particulier leurs parents.

Entretien réalisé par Aline Audin, chargée de projets à l’IREPS Alsace, avec Christine Méo, coordinatrice de projets à l’AFPRA.

Plus d’informations :

Le dépistage communautaire non médicalisé de l’infection à VIH par les militants associatifs de AIDES

Résumé. En près de 30 ans, les militants de AIDES ont contribué à l’évolution de l’approche de la prévention en France. A partir de savoirs profanes et de savoirs savants, ils ont fait reconnaître des approches et des outils novateurs dans les politiques de santé publique, de nature à influer favorablement sur les dynamiques de l’épidémie de VIH et la qualité de vie des personnes touchées. Au-delà des effets  sur l’incidence du VIH, le dépistage communautaire non médicalisé est un outil qui contribue au renforcement de la capacité des publics les plus exposés à agir eux-mêmes sur l’arrêt de l’épidémie en France. La régularité et la densité de l’offre de proximité contribuent à renforcer l’acceptabilité du test par ces publics, souvent les plus éloignés de la prévention du VIH et du dépistage. Ces actions de promotion de la santé ont également pour effet de développer des partenariats concrets, notamment avec les communautés.

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre association ?

AIDES est une association nationale créée en 1984, dans une dynamique de mobilisation communautaire des personnes malades du sida et de leurs proches. Depuis, à partir de savoirs profanes issus des expériences de vie, associatives et militantes, et de savoirs savants (suivi attentif de l’actualité scientifique, partenariats et alliances avec des médecins et des chercheurs), elle élabore et met en œuvre des programmes d’actions de promotion de la santé au plus proche des publics les plus exposés aux risques d’infection à VIH et d’infections sexuellement transmissibles (IST) : hommes homosexuels, migrants originaires d’Afrique subsaharienne et caribéenne, usagers de drogues par voie injectable, femmes, personnes détenues.

Quelle est l’origine historique de votre projet ?

Le 17 novembre 2010, le Journal Officiel publiait un texte réglementaire [1] modifiant considérablement le champ du dépistage du VIH en France, en permettant aux acteurs associatifs non médicaux de proposer du dépistage dans leurs actions de prévention, comme le prévoit le plan national VIH-IST 2010-2014. Mais pour Aides, l’histoire avait déjà commencé plus tôt.

En effet, dès 2008, dans le cadre d’un essai COM’Test avec l’ANRS [2], les militants [3] se sont formés et ont mis en œuvre des actions intégrant le test rapide à orientation diagnostique (TROD). A partir de cet essai, un « cahier des charges » a été élaboré et a servi de base aux habilitations par les agences régionales de santé (ARS) dès 2011 et à la généralisation des TROD dans les actions de prévention de AIDES.

Mais ce n’est qu’une étape, puisque d’autres tests utilisables par des intervenants non médicaux préalablement formés à leur utilisation vont arriver sur le marché (IST, VHC…).

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème votre projet agit-il ?

L’objectif principal du projet, et plus globalement de l’association AIDES, est d’arrêter l’épidémie de VIH en France dans les 20 années à venir.

A travers ce projet, AIDES agit sur trois déterminants de ce problème de santé :

L’intégration du dépistage au sein du système de santé :

L’organisation du dépistage médicalisé en France n’est pas adapté à toutes les catégories de populations, notamment aux populations les plus exposées à l’infection à VIH.

Parmi les hommes ayant une sexualité avec d’autres hommes, contrairement aux homosexuels masculins qui recourent en moyenne beaucoup plus fréquemment au dépistage que la population générale, les bisexuels masculins et les hétérosexuels masculins ayant des relations sexuelles occasionnelles avec d’autres hommes (HSH) ne fréquentent pas ou peu les lieux affectés spécifiquement au dépistage médicalisé du VIH : crainte de la stigmatisation, difficultés à parler de leurs pratiques sexuelles, de leurs difficultés ou de leurs prises de risque avec un médecin de famille ou un médecin hospitalier dont l’approche de la prévention à « prise de risque zéro » n’est pas compatible avec la réalité de leur vie quotidienne.

AIDES prône l’utilisation du dépistage comme outil de prévention. A travers une offre de dépistage non-médicalisé proposée directement par les pairs, essentiellement « hors les murs » [4], sur les lieux de vie sociale des publics exposés aux risques d’infection à VIH et IST (lieux de drague, commerces, bars,…), en particulier ceux qui n’ont pas ou peu accès à la prévention du VIH, ce projet facilite l’accès de ces publics à leur statut sérologique au plus proche de la prise de risque infectieux et favorise leur orientation vers le soin chaque fois que nécessaire [5].

Les représentations et comportements individuels :

Les représentations individuelles expliquent en partie que les personnes ciblées par ce projet n’aient pas recours au dépistage et ne soient pas sensibles aux messages de prévention véhiculés auprès du grand public. Dans le cas des HSH, beaucoup ne se perçoivent pas comme homosexuels, donc comme « populations à risque » et sont par conséquent hermétiques aux canaux de prévention habituels, orientés notamment en direction des gays.

Dans le cas des primo-arrivants ou migrants d’origine africaine ou caribéenne, le sida étant perçu comme une réalité bien connue mais effrayante dans leur pays d’origine, le dépistage médicalisé est un sujet tabou car il fait craindre une stigmatisation et un rejet au sein de sa communauté.

Pour ces deux groupes de population, la présence régulière de militants « qui leur ressemblent », leur disponibilité, leur ouverture au dialogue, permet de désacraliser l’acte de dépistage.

L’environnement psychosocial :

Le projet permet aux personnes, tout en s’appuyant sur l’utilisation du préservatif masculin ou féminin et quel que soit le résultat du TROD, de définir des stratégies de prévention adaptées à leur propre contexte psychosocial et affectif, dans le but de prendre soin de leur santé mais aussi de celle des autres (recours au dépistage, mais aussi traitement préexposition, prévention combinée [6]…)  

De plus en plus de personnes accompagnées dans le cadre du projet manifestent l’envie de s’impliquer concrètement dans les actions de prévention de AIDES, au bénéfice de leur groupe d’appartenance. D’un objet vécu comme extérieur, peu impliquant voire contraignant, la prévention devient alors un objet de mobilisation individuelle et collective, qui contribue peu à peu à créer un environnement plus favorable à la santé de ces populations.

Décrivez-nous les activités que vous mettez en place

Les équipes participant au projet sont constituées d’au moins 2 militants, dont un habilité à l’utilisation des TROD après formation interne spécifique. Le test est proposé aux personnes sur la base du volontariat.

La phase du TROD en elle-même dure entre 30 et 45 minutes. Elle intègre un entretien « pré-test » qui fait appel aux connaissances et aux compétences des personnes, à leur évaluation du risque infectieux et aux stratégies particulières qu’elles mettront en œuvre quand le résultat du TROD leur sera délivré. Ce test permet également de les aider à identifier les conséquences de la démarche dans leur vie psychosociale et affective et de recueillir leur consentement éclairé.

Le prélèvement d’une goutte de sang [7] et la lecture du résultat sont suivis d’un entretien « post test » où le résultat est remis, ainsi que les conseils et informations adaptés au résultat, notamment l’orientation vers les services hospitaliers si le résultat est positif et la proposition d’accompagnement psychosocial individuel et collectif par les équipes de AIDES dans tous les cas.

A l’issue de la démarche, il est proposé aux personnes de répondre sur place à un questionnaire de satisfaction sur l’ensemble de la démarche.

La régularité de la présence d’AIDES sur les lieux d’intervention crée peu à peu un sentiment de confiance et de proximité du public avec les militants. Le bouche à oreille contribue à renforcer l’intérêt porté à l’offre de dépistage démédicalisé, à améliorer son acceptabilité et son utilisation à chaque fois que les personnes le jugent utile.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

Le projet contribue au développement de vrais partenariats autour d’objectifs de santé partagés. Dans chaque région, un comité de pilotage a été mis en place, associant l’agence régionale de la santé (ARS), les services des maladies infectieuses, les consultations de dépistage du VIH et des IST, mais également les représentants communautaires. Il favorise le rapprochement des points de vue et les propositions d’amélioration. Ainsi est née une vraie implication nationale et locale dans ces actions du SNEG – Syndicat national des entreprises gay – et du RAAC-sida – Réseau des associations Africaines et Caribéennes agissant contre le sida en France, dont AIDES a formé et habilité des représentants.    

L’implication des associations communautaires constitue un enrichissement, en même temps qu’un élargissement des moyens d’intervention.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?  

Le projet concourt à développer les aptitudes individuelles à protéger sa santé et celle des autres, car il s’inscrit dans une approche globale et pragmatique de la prévention [8] du VIH, visant à accompagner chaque individu dans la mise en œuvre de stratégies favorables à sa santé et tenant compte de son propre environnement. 

Il s’appuie sur une dynamique de santé communautaire, visant à conférer les moyens aux personnes qui le souhaitent de pouvoir se mobiliser pour contribuer activement à la fin de l’épidémie.

Le projet crée pour les populations concernées un environnement favorable à leur santé sexuelle, en rapprochant le dépistage au plus près de l’exposition aux risques d’infection par le VIH et les IST.

Par une approche non médicalisée par les pairs, complémentaire au dépistage de l’infection à VIH et articulée avec l’hôpital, le projet concourt à l’adaptation du dispositif de santé, en le rendant plus accessible.

Enfin, en s’adressant aux populations les plus vulnérables qui ne sont pas dans le circuit classique de la prévention et du dépistage, le projet contribue également à réduire les inégalités sociales de santé.



[1] Arrêté du 9 novembre 2010.


[2] Agence nationale de recherche sur le sida.


[3] Les volontaires (bénévoles ayant reçu une formation initiale et qui constituent les instances politiques et de décision de AIDES aux différents niveaux de son organisation) et les salariés.


[4] Le terme d’« Outreach » est souvent utilisé dans la littérature des acteurs de la lutte contre l’épidémie de VIH.


[5] Dans le cadre des textes réglementaires et si TROD est positif, il doit être confirmé par un médecin vers lequel la personne est orientée. AIDES a choisi de signer des accords avec tous les services hospitaliers spécialisés dans la prise en charge du VIH, pour favoriser la rapidité d’accès aux soins, tel que prévu par le plan national VIH-IST 2010-2014.


[6] Associant préservatif et/ou traitement.


[7] Techniques INSTITM 1/2 et VIKIA®.


[8] Réduction des risques infectieux du VIH liés à l’usage de drogue par voie injectable (RDR-UD) et liés aux prises de risques sexuels (RDRS).