Education pour la santé, éducation populaire : des éducations à la liberté

Aujourd’hui, en France, 4 millions d’enfants et de jeunes âgés de 3 à 18 ans fréquentent des accueils collectifs de mineurs : centre de loisirs/centre de vacances, dans le temps scolaire et péri-scolaire. Si le public de ces structures, leur ancrage territorial (les communes urbaines et rurales), leur complémentarité avec l’École, sont des facteurs de développement et d’accessibilité de l’éducation pour la santé, d’autres atouts plaident pour un renforcement des actions de santé dans ces lieux d’accueil. Parmi ceux-ci, citons le primat accordé à des méthodes pédagogiques favorisant la participation des enfants et des jeunes en vue de leur émancipation individuelle et collective ; l’acquisition par les enfants de savoirs, savoir-faire et savoir-être au travers d’activités diverses ; l’engagement des structures de loisirs à respecter la Convention Internationale des Droits de l’Enfant qui stipule dans son article 24, le droit … à la santé.

Alors, pourquoi le développement d’actions et de réflexions sur l’éducation pour la santé en milieu de loisirs éducatifs reste-t-il si faible ?

L’explication se trouve en partie dans la construction de deux champs distincts : celui de l’éducation pour la santé et celui des centres de loisirs et des centres de vacances, marqué par la dynamique des mouvements d’éducation populaire (Cemea, Francas, Léo Lagrange, ….). L’éducation pour la santé s’est construite essentiellement en direction de l’école, alors que ces mouvements ont investi le temps « hors scolaire » de l’enfant, intégrant de manière plus ou moins forte la santé comme ressource potentielle d’émancipation des enfants et des jeunes. Pour autant, l’histoire est marquée par des moments de rapprochement entre ces deux univers. Si 2008 a vu l’intégration du Ministère de la jeunesse et sports et de la vie associative au Ministère de la santé, 70 ans auparavant, un Sous-secrétariat d’État au sport et à l’organisation des loisirs a existé avec à sa tête un certain Léo Lagrange, Sous-secrétariat intégré au Ministère… de la Santé publique.

Cependant, ayons toujours à l’esprit que ces structures sont avant tout des lieux de loisirs. Une multiplication des actions de santé en milieu scolaire et hors scolaire entraînerait une saturation des enfants. De même, n’y a-t-il pas un risque à « hygiéniser » le monde du loisir ? Ces écueils pourront être évités avec un réel partage de valeurs, car l’éducation pour la santé et l’éducation populaire sont avant tout des éducations à la liberté. En témoignent ces quelques mots prononcés avant la Libération par Pierre François, Commissaire général adjoint des Éclaireurs de France et créateur des Francas ; il avait rêvé d’enfants qui… « au lieu d’être spectateurs immobiles ou simples auditeurs (seraient) garçons et filles (qui) de tout leur être, participent à leur propre éducation. Car l’éducation détermine la première des révolutions, celle qui sort l’enfant des routines, des conformismes, des habitudes toutes faites, celle qui l’élève au dessus de lui-même, celle qui l’éveille à des pensées justes et vraies ».

ERIC LE GRAND
SOCIOLOGUE, CONSULTANT EN PROMOTION DE LA SANTÉ

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