Vita’rue ou quand les habitants investissent l’espace public et s’engagent collectivement pour le bien-être de tous

Entretien réalisé par Florence Pascolo et Aline Audin à l’Ireps Alsace, avec Stéphane Hengy de Elan Sportif

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

 Elan sportif est une association d’insertion, d’éducation et de prévention par le sport née à Mulhouse en 2006. Cette association est entièrement gérée  par des bénévoles et s’adresse plus particulièrement aux publics dits en difficulté sociale.

A travers des activités telles que la boxe et le fitness proposées au cœur des quartiers de la ville, les bénévoles de l’association ont entrepris d’explorer avec les habitants les notions de savoir-être, de respect des règles, les compétences psychosociales et la relation au corps.

L’association développe aujourd’hui plusieurs projets :

  • Boxe sociale et éducative : insertion et éducation par le sport et plus particulièrement par la boxe anglaise
  • Vital’form : Activités fitness collectives et coaching sportif et nutritionnel
  • et Vita’rue : programme d’animation social et culturel visant le développement du bien-être et du lien social

    Boxe 2

 Quels sont l’origine (contexte, histoire…) et l’objectif principal de votre projet ?

Durant les premières années de l’association, alors que les bénévoles allaient à la rencontre des habitants des quartiers pour leur proposer de participer directement dans la rue aux différentes activités physiques mises en place, les participants ont souligné l’intérêt de proposer des activités sportives spontanées, organisées en plein air, en toute convivialité et auxquelles chacun pourrait participer sans engagement sur la durée.

Cette réflexion a fait émerger une prise de conscience de la part des bénévoles de l’association qui, de leur côté, avaient constaté une faiblesse du lien social et un repli sur soi des personnes fragiles, mais aussi une absence d’implication dans la société, un manque de motivation et d’envie d’adhérer à une activité hebdomadaire contraignante et des difficultés économiques ne permettant pas  à certains publics d’accéder à de l’activité physique.

En 2009, pour répondre à la demande des habitants ainsi qu’à ses propres constats, l’association a donc décidé de construire un projet de développement social basé sur l’investissement de l’espace public et l’offre d’activités sportives basées uniquement sur le bénévolat et la réciprocité : le projet Vita’rue était né.

L’objectif principal du projet est de développer le lien social et l’engagement des citoyens dans l’organisation et la participation régulière à des activités sportives, culturelles et artistiques.

Les mixités en jeu sur Vita’rue ne se décrètent pas, elles se cherchent.

 A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème de santé votre projet va-t-il agir ?  

Le projet Vita’rue vise principalement à réduire l’isolement social et améliorer le bien-être de tous, y compris des publics dits en difficulté sociale

Pour y parvenir, l’association agit sur l’environnement politique, social, économique et culturel des personnes : Le travail de mise en réseau réalisé autour du projet permet de décloisonner les structures afin de favoriser une prise en charge globale des publics. L’émergence et le succès de ce projet favorisent par ailleurs un investissement accru de la politique de la ville dans les projets de développement social. Toutes les activités proposées étant gratuites, Vita’rue agit également sur l’environnement économique des personnes pour qui le coût n’est plus un frein à leur participation. Enfin, le climat de convivialité instauré dans le cadre du projet (absence de contraintes, absence de compétition, engagement bénévole des animateurs et des organisateurs etc.) permet une nette amélioration de l’environnement social des participants.

L’association agit également sur la promotion de modes de vie favorables à la santé :

En permettant la découverte de nouvelles activités sans les contraintes sociales ou financières habituelles, en excluant tout esprit de compétition, Vita’rue permet aux publics engagés dans le projet d’opérer petit à petit des changements durables dans leur mode de vie, en retrouvant éventuellement une motivation pour pratiquer certaines activités physiques, ou en s’engageant dans un projet collectif.

Enfin, bien que ce ne soit pas directement l’objectif visé, le projet Vita’rue répond également aux problèmes de santé liés à la sédentarité (obésité, diabète, maladies cardiovasculaires…).

Gym

Décrivez-nous les activités que vous allez mettre / avez mises en place.

Tous les dimanches des mois de mai à juillet, les bénévoles de Vita’rue investissent les berges de l’Ill à Mulhouse de 10h30 à 12h30 pour un temps d’activités encadrées réparties dans une dizaine d’espaces proposant chacun une dizaine d’activités différentes. Puis un spectacle de 45 minutes suivi d’un pique-nique partagé réunit l’ensemble des participants jusqu’à 15h30.

Initialement très axées sur l’activité physique, les activités proposées sont dorénavant diverses et touchent à la fois les domaines sportif, culturel et artistique (gym douce, danse, boxe, cuisine, jardinage, mandala, détente, motricité, jeux de société…). Les activités varient chaque semaine en fonction de l’engagement de chacun dans l’animation d’un atelier. Elles s’adressent à tous publics. Chacun peut intégrer les activités et en changer à tout moment, celles-ci étant accessibles à tous niveaux et conçues de sorte qu’elles puissent fonctionner avec un groupe en mouvement continuel.

Les publics jusqu’à présent réticents à intégrer un club sportif ou une association culturelle pour des questions d’engagement sur la durée ou de budget peuvent venir à Vita’rue à leur rythme, se sentir protégés par l’anonymat , trouver la motivation, et peu à peu prendre goût à l’autonomie et à la qualité de vie à laquelle Vitarue encourage.

Depuis 2013, la ville de Mulhouse met une maisonnette, la Maison des Berges, à disposition de l’association, ce qui permet à l’association de disposer d’un pied à terre nécessaire au stockage du matériel, à la préparation de repas… mais aussi de proposer aux participants des activités couvertes durant le festival et tout au long de l’année à travers de nombreux partenariats.

Une guinguette est ouverte toute l’année et propose aux promeneurs de déguster gratuitement boissons et réalisations culinaires. La maison est également mise à disposition des structures mulhousiennes pour la réalisation d’activités (ateliers cuisine, créatifs, physiques, jeux…) ou l’organisation de réunions.

Les promeneurs ou professionnels utilisateurs de la maison sent ensuite invités :

  • soit à participer aux activités en tant que participant, accompagnateur ou  bénévole,
  • soit à ramener un peu de matériel ou une denrée alimentaire nécessaires au fonctionnement de Vita’rue

En effet, il n’y a aucun enjeu d’argent : toutes les activités et le matériel nécessaire dépendent de dons et de contre-dons ainsi que de l’engagement de tous à la participation et à l’organisation des ateliers.

Trois niveaux d’engagements dans le projet sont possibles.

  • Le premier niveau d’engagement, qui compte à présent une centaine de bénévoles, consiste à animer ponctuellement ou durablement une activité ou à apporter une aide technique (inventaire, manutention, entretien..).  Si aucun diplôme n’est demandé aux animateurs, il s’agit parfois de professionnels qui choisissent d’intervenir bénévolement dans ce projet qui leur tient à cœur.
  • Le second niveau d’engagement s’adresse aux référents d’un des dix espaces d’activités : il s’agit pour la trentaine de personnes concernées de gérer l’organisation pratique et les intervenants de l’espace.
  • Enfin, une vingtaine de bénévoles sont engagés dans la coordination et la gestion du projet, ce qui correspond au troisième niveau d’engagement. Si cette dynamique d’engagement est l’essence même du projet, pour autant, chacun est libre de s’engager sur une période courte ou sur du long terme.

A Vita’rue, il n’est pas question de « consommation d’activité » mais de réciprocité (don/contre don). Chacun peut participer à une activité un jour et en animer une la semaine suivante.

Ce qui marque le plus les participants lors de leurs premières incursions du dimanche au festival, c’est le climat de bien-être et de convivialité qui y règne : tous le reconnaissent et s’investissent pour que celui-ci perdure.

Lecture

Le cas échéant, quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

Au fil des ans, Vita’rue a trouvé son public. Certains dimanches, les berges de l’Ill accueillent 500 personnes dans le cadre du festival. De plus en plus de personnes s’investissent bénévolement dans l’action et la font vivre toute l’année.

Si, au démarrage, le projet ne touchait pas suffisamment son public cible, grâce à de nouveaux partenariats et à la mise en place d’un dispositif de suivi de participants, les coordinateurs de l’action atteignent aujourd’hui leur objectif auprès d’un public intergénérationnel, familial, d’origine culturelle diverse et en fragilité sociale. En 2014, par exemple, les coordinateurs ont convaincu plusieurs maisons de retraites d’accompagner leurs résidents au festival Vita’rue afin que cette population spécifique puisse également profiter des bienfaits du projet.

Certains participants qui participent de longue date reviennent sur Vita’rue afin de retrouver d’autres personnes rencontrées à cette occasion et avec qui des liens se sont créés.

Grâce aux possibilités d’engagement offertes dans le cadre de ce projet, certains publics accueillis ont pu prendre conscience du potentiel qu’ils avaient à offrir et des opportunités dont ils pouvaient se saisir, peu importe leur situation sociale.

Certains groupes issus de partenariats avec des structures mulhousiennes participent dorénavant de façon autonome aux activités. Certains jeunes suivis par les services de Protection judiciaire de la jeunesse ont intégré le projet Vita’rue dans le cadre de l’atelier bois. Ils viennent aujourd’hui spontanément et régulièrement apporter une aide technique à la Maison des Berges. Un groupe d’adultes qui était initialement accompagné par le service social de la ville dans le cadre d’un atelier cuisine demande à présent à animer par lui-même la guinguette de Vita’rue en dehors de tout accompagnement par un professionnel. Ces quelques exemples illustrent l’influence du projet sur l’autonomisation des personnes.

Et le projet va continuer à s’étoffer. Les participants souhaitent dorénavant que leur soit déléguée une partie des espaces verts sur l’autre rive de l’Ill afin de créer un jardin pédagogique partagé. La ville de Mulhouse est favorable à cette initiative qui devrait voir le jour prochainement.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

Au fil des années, Vita’rue s’est constitué un réseau de partenaires riche d’une soixantaine d’associations ou d’institutions. Ce maillage entre des structures très diverses est une grande force du projet

Coté financeurs, l’association s’appuie sur :

  • la Ville de Mulhouse, notamment pour la mise à disposition de la Maison des Berges ;
  • l’Agence Régionale de Santé et l’Agence Nationale pour la Cohésion Sociale et l’Egalité des chances pour l’achat de matériel.

Les autres partenaires sont nombreux et variés : le service social, la coordination santé, les espaces verts de la ville, les centres socioculturels, les maisons de retraite, les associations telle que Slow Food Haut Rhin, Alsa 68, les groupes d’entraide mutuelle tels que La Navette…

Certains partenaires inscrits dans le champ de la prévention sont également partie prenante : Ligue contre le cancer, réseau de prévention et de prise en charge de l’obésité et du diabète de l’enfant et de l’adolescent.

Vita’rue créé des liens avec des évènements culturels marquants programmés sur le territoire. Des activités spécifiques à ces évènements se greffent au programme et contribuent au renouvellement continuel du projet. Vitarue a par exemple accueilli une prestation dans le cadre du Printemps du tango.

Vita’rue s’est également rapproché du festival Reg’art Santé Jeunes dont l’édition 2015 aura lieu sur les berges de l’Ill tandis que les deux projets s’alimenteront l’un l’autre tout au long de l’année.

L’association veille toutefois à protéger le projet afin que celui-ci garde sa souplesse, sa liberté, sa spontanéité et sa réciprocité et que perdure ainsi l’esprit Vita’rue.

Cuisine

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

Contrairement à des projets orientés vers l’intervention auprès des publics pour une modification de leurs modes de vie, Vitarue constitue un projet innovant alliant développement social et amélioration de la santé des publics. Le projet contribue à construire un environnement favorable à une bonne santé physique et psychosociale de par « l’esprit de Vitarue » et les dispositifs créés dans ce cadre.

Au-delà de la santé physique, Vita’rue vise le bien-être, la pleine participation à la vie en société et la qualité de vie : il se positionne pleinement dans une dimension globale de la santé prenant en compte l’ensemble de ses déterminants, et en cela, il s’agit bien d’un projet de promotion de la santé.

Les notions d’engagement et d’autonomie qui sont au centre du projet sont en cohérence avec le principe de participation des publics à la promotion de la santé. Le projet va au-delà de la prise en compte des préoccupations du public ou de sa participation aux activités, il s’agit bien là d’une dynamique d’empowerment : Chacun est invité à prendre conscience de son pouvoir d’agir sur sa propre santé mais également sur le bien-être et la qualité de vie de la population dans son ensemble.

Contact :

Stéphane Hengy
Elan sportif
5 rue Galilée, 68200 Mulhouse
06 71 22 05 51
elansportif@nullhotmail.fr
http://www.vitarue.com/
sur facebook

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