Pour une meilleure qualité de l’air à l’école

ASPA LOGO SEULEntretien réalisé par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Nathalie Leclerc, Ingénieur Etudes à l’ASPA, sur une action de promotion de la santé.

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

Créée en 1978, l’ASPA – Association pour la  surveillance et l’étude de la pollution atmosphérique en Alsace – est pour la Région l’association agréée par le Ministère de l’Environnement pour assurer plusieurs missions :

  • Evaluer la qualité de l’air en Alsace par mesure et modélisation.
  • Orienter les politiques publiques (production de données chiffrées, prévisions, participation au Plan de protection atmosphérique, au plan régional santé-environnement, …)
  • Informer et sensibiliser le public
  • Améliorer les connaissances sur des sujets émergents comme les pesticides

Orientée au départ sur la pollution de l’air extérieur, l’Aspa s’est intéressée dans les années 2000 à la pollution de l’air intérieur suite aux premières études établissant des liens entre la qualité de l’air dans les logements ou les salles de classe et la santé des personnes. Cela s’est fait en particulier via les travaux menés par le service de Pneumologie des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg  (HUS) sur l’influence de l’environnement sur la prévalence des maladies respiratoires et allergiques (ex : étude ISAAC sur l’asthme des élèves en lien avec la qualité de l’air dans les écoles).

S’agissant de sa mission d’information et de sensibilisation du public, l’objectif de l’Aspa est de rendre la population plus avertie afin de lui permettre d’adopter des comportements plus favorables à sa santé et à la réduction de la pollution. Cet objectif se traduit par des activités de sensibilisation ou de conseil et par des actions sur des thématiques ciblées (panneaux d’expositions, journées portes ouvertes, diffusion quotidienne dans les media de messages sanitaires en lien avec les pics de pollution…).

Quels sont l’origine (contexte, histoire…) et l’objectif principal de votre projet ?

L’action présentée dans cet article s’inscrit dans le cadre du SRP (Schéma régional de prévention) 2012. Rassemblant de nombreux partenaires (HUS, MFA, AP3A, APPA,…), elle a comme objectif global de sensibiliser la population sur la question de la qualité de l’air intérieur, concentrant ses efforts sur différents publics cibles préalablement identifiés et répartis entre ces différents partenaires. Cette action fait également écho à une thématique du Plan Régional Santé Environnement visant à améliorer la qualité de l’air intérieur via une meilleure information et sensibilisation.

L’Aspa a axé son champs d’intervention sur la qualité de l’air dans les salles de classes, avec comme objectif d’informer sur la nécessité d’assurer un renouvellement de l’air adapté en milieu scolaire.

Dans le cadre de la surveillance réglementaire de certains établissements recevant du public, les écoles et crèches devront faire l’objet de mesure de la qualité de l’air dans leurs locaux (au 1er janvier 2015 pour les écoles maternelles et crèches). Parmi les trois indicateurs suivis (formaldéhyde, benzène, CO2), les mesures des taux de CO2 permettront d’estimer un indice de confinement basé sur une valeur allant de 0 à 5 (4 et 5 étant des situations de confinement élevé à très élevé). Cette action doit permettre aux établissements concernés d’adapter dès aujourd’hui leurs comportements ou leurs locaux afin de garantir un renouvellement d’air adapté.

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème de santé votre projet va-t-il agir ?  

La mauvaise qualité de l’air intérieur à l’école provoque ou accentue de nombreux problèmes de santé, tels que les allergies et l’asthme, considérés aujourd’hui comme l’une des principales causes d’absentéisme des enfants. Une étude récente (Isaac II) publiée en décembre 2012 a confirmé l’existence de liens possibles entre l’augmentation des maladies respiratoires ou allergiques chez les enfants et la pollution des salles de classe.

En outre, d’autres études ont montré que des difficultés de concentration pouvaient aussi provenir d’un air trop confiné et qu’un renforcement de la ventilation dans les salles était à contrario bénéfique en termes de performances des enfants (Wargocki and Wyon, 2007 ; Myhrvold , Olsen and Lauridsen, 1996).

Enfin, l’insuffisance d’aération peut également avoir d’autres effets négatifs sur la santé : transmission des microbes, humidité, mauvaises odeurs, sensation d’inconfort général…

Prenant acte de ces problèmes de santé et de leur principal déterminant, à savoir la mauvaise qualité de l’air intérieur, l’action présentée ici agit sur plusieurs facteurs pouvant avoir une influence sur celle-ci :

Le rôle des gestionnaires de locaux

Les gestionnaires des locaux et des salles de classe ont un rôle clé à jouer dans la maintenance du bâtiment (matériaux mis en œuvre, entretien des systèmes mécaniques de ventilation, fenêtres opérationnelles….), le renouvellement des équipements (mobilier), les produits d’entretien et leur application (types de produits et pratiques d’aération associées).  Une information est nécessaire pour leur permettre de connaître dans un premier temps et d’intégrer les préconisations sanitaires en termes de choix de produits ou de pratiques.

Le comportement des usagers des locaux (enseignants, enfants) et les freins identifiés à l’aération des salles de classe

Afin d’informer et de sensibiliser les usagers des locaux sur la nécessité du renouvellement de l’air intérieur, l’action s’interroge en premier lieu sur les motivations, mais surtout sur les freins de ces usagers à l’aération et à la ventilation des salles de classes.

Une étude menée pour l’OQAI (Observatoire de la qualité de l’air intérieur) par SEPIA Santé sur le comportement face à l’ouverture des fenêtres dans les écoles et crèches françaises (Guillam et al, 2011) a souligné que ces freins sont de différents ordres :

  • Crainte de l’inconfort thermique (courant d’air) et températures trop faibles ressenties
  • Souci d’économie d’énergie
  • Qualité de l’air perçue comme bonne et besoin d’aérer non ressenti
  • Inconfort acoustique (proximité d’axes à fort trafic notamment)
  • Crainte pour la sécurité des enfants, en particulier si la fenêtre est accessible et si elle n’est pas équipée d’un système d’oscillo-battant,
  • Crainte des courants d’air pour la santé des enfants dans les crèches

Quelle que soit la nature du frein identifié, l’action tente de le résoudre soit par l’information directe des usagers, soit par ses démarches auprès des gestionnaires et directeurs d’établissements.

Décrivez-nous les activités que vous avez mises en place

Pour l’information des usagers, enseignants et direction des écoles sur ces questions, l’action travaille en lien étroit avec les « conseillers hygiène, sécurité et environnement » du Rectorat. L’idée étant d’informer dans un premier temps les représentants du Rectorat et des Inspections Académiques de la nécessité de diffuser le message puis de travailler à la transmission de l’information (modalités et supports associés), notamment auprès des enseignants.

L’action a comporté trois sessions de sensibilisation dans le cadre des CHSCT (Comités d’hygiène et de sécurité au travail) du Rectorat  à travers toute l’Alsace: CHST du Haut-Rhin, CHSCT du Bas-Rhin et enfin CHSCT régional.

Une réunion a été organisée avec les inspecteurs de l’éducation nationale du Haut-Rhin et du Bas-Rhin afin qu’ils puissent devenir des relais de l’action auprès des directeurs d’établissements et de leurs enseignants. Cette réunion a débouché sur une réflexion commune concernant les moyens à déployer pour informer correctement ces acteurs.

S’agissant du support d’information, la volonté initiale était de reprendre le protocole d’aération rédigé par la Ville de Strasbourg en 2006 en partenariat avec le Rectorat (suite à une campagne de mesure de la qualité de l’air dans les écoles et crèches dans les différentes écoles et crèches de la ville) et de l’adapter pour une utilisation régionale. En parallèle, l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur a lancé également des travaux pour l’élaboration d’un guide sur l’aération.  Afin de ne pas démultiplier les brochures, le retour d’expérience de Strasbourg a été intégré aux travaux au niveau national et le choix a été retenu de s’appuyer sur ce guide de l’OQAI pour diffuser l’information au niveau alsacien.

Une diffusion de ce guide sera réalisée auprès des gestionnaires et complétera ainsi la réunion organisée en juillet 2013 pour informer les maires des communes d’Alsace sur la future réglementation, les mesures de précaution, …et les futurs rendez-vous à venir.

L’action se poursuivra sur l’année 2013-2014 afin de permettre une appropriation de ces éléments et une évaluation de l’action via une enquête.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

L’action est financée par l’ARS dans le cadre de son appel à projets 2012.

Dès son commencement, l’action a en outre  impliqué:

  • Les représentants de Inspections académiques 67-68, le Rectorat (notamment via les conseillers Hygiène, sécurité et environnement du Rectorat) ;
  • La ville de Strasbourg, qui a accepté le principe de mutualisation de son outil ;
  • Les autres communes ou communautés d’agglomération : Schiltigheim, Bischheim, Fegersheim, Mulhouse Alsace Agglomération et la Ville et Communauté Urbaine de Strasbourg, largement sensibilisées sur la thématique, qui ont accepté de nous transmettre leur avis sur le guide de l’OQAI.

L’action sera le relais du futur Protocole d’aération actuellement mis en place par l’Observatoire de la qualité de l’air intérieur à destination des écoles ne possédant pas de système mécanique (soit 85 % des écoles en Alsace…).

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

 L’action agit directement sur les ressources personnelles des acteurs concernés : enseignants, élèves ou gestionnaires à travers un important dispositif d’information sur les droits, procédures, statistiques, liens entre environnement et santé…

L’action a pris en compte dans ses activités les déterminants multiples de la qualité de l’air intérieur dans les écoles : connaissances, représentations et comportements des usagers, mais aussi et surtout environnement physique et matériel, définition des politiques publiques en matière de construction et de rénovation des locaux (cf. information des gestionnaires sur le choix de matériaux les plus adaptés ou les moins émissifs, prise en compte de paramètres liés à la « qualité sanitaire de l’air »).

L’action suscite enfin la création de ponts entre différentes disciplines présentes dans les établissements, ou du moins à la disposition des parents ou des enseignants : ainsi, les médecins scolaires sont encouragés à faire connaître à ces derniers l’existence d’un « conseiller médical en environnement intérieur » pouvant formuler des conseils et recommandations en cas d’allergie, d’asthme ou autres maladies respiratoires constatées chez l’enfant.

Contact :

ASPA
5 rue de Madrid
67300 SCHILTIGHEIM

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