À la (re)découverte de petits plaisirs de la vie au Centre d’Addictologie des H.U.S

HUS

 

Entretien réalisé en juin 2013 par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Laurence Caumont et Lara Geldreich, respectivement médecin et assistante sociale au Centre d’Addictologie des HUS.

 

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

 Le Centre d’Addictologie est un CSAPA – Centre de Soins, d’Accompagnement et Prévention en Addictologie. Il se compose de deux sites :

  • Le « Fil d’Ariane », situé au sein du Nouvel Hôpital Civil, est un centre de substitution par méthadone réservé aux personnes usagères de substances psychoactives.
  • La « Médicale B », située dans les locaux de l’ancien hôpital civil, accueille les personnes concernées par des problématiques d’addictions, quels qu’elles soient, mais aussi leurs entourages.

Structure pluridisciplinaire impliquant à la fois médecins, infirmiers, assistantes sociales, psychologues, secrétaires, diététiciennes…, le Centre d’Addictologie propose un accueil téléphonique, une évaluation médico-psycho-sociale des problématiques portées par la personne, puis une orientation et/ou un accompagnement sur place.

Le Centre d’Addictologie s’appuie sur le GERAS (Groupe d’Etudes et de Recherche en Addictologie de Strasbourg) pour mettre en œuvre l’action. Le GERAS est une association composée de membres du Centre d’Addictologie, hébergée et soutenue par les HUS dans le cadre d’une convention de partenariat.

Quels sont l’origine (contexte, histoire…) et l’objectif principal de votre projet ?

Intitulée « Activités de jour », l’action présentée dans cet article a démarré en 2008 afin de permettre aux personnes usagères de substances psychoactives de retrouver une activité de loisirs, et aux professionnels de santé de décentrer l’accompagnement de ces personnes de l’entretien individuel vers une action plus collective.

Ainsi, les professionnels du Centre d’Addictologie ont pu élargir leurs modalités d’accueil et d’accompagnement au-delà de la consultation individuelle, en proposant à leurs patients des activités thérapeutiques ou de loisirs leur permettant de recréer du lien social et de sortir de leur isolement.

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème de santé votre projet va-t-il agir ?  

Au-delà de sa dimension occupationnelle, l’action tente d’aider les personnes à retrouver du plaisir, des sensations, afin de lutter contre l’isolement et le repli sur soi, inhérents à la consommation de substances psychoactives. Les déterminants de la consommation mais surtout de ses conséquences sur l’isolement des personnes concernées sont multiples :

Un rétrécissement de la vie sociale

Les addictions révèlent parfois une pathologie du lien à l’autre, une difficulté à produire ce lien qui sont compensées par la consommation d’un produit. Ce mécanisme entraîne bien souvent un appauvrissement du champ des relations sociales, lui-même aggravé par de fortes contraintes logistiques pesant sur la consommation de substances, illicites ou non : temps investi dans la recherche du produit, temps investi dans la consommation, coût du produit… Autant de contraintes réduisant souvent les possibilités laissées à la personne de s’investir dans des activités diverses (clubs sportifs, concerts, déplacements…).

Par les activités proposées, l’action tente d’aider les personnes à sortir de leur relation de « fusion » avec le produit pour recréer du lien, créer autre chose.

Une absence d’initiative, un manque de sensations et de désirs

Lors de la consommation de substances, la répétition de la prise entraîne une addiction à des sensations stéréotypées, réduisant progressivement le champ des ressentis. Généralement, les effets positifs perçus au début de la consommation s’estompent pour laisser place à une expérience prépondérante : celle du manque. Les demandes d’accompagnement formulées au Centre d’Addictologie interviennent généralement lorsque le plaisir lié à une consommation a complètement disparu et que ses effets négatifs prennent le dessus.

A travers ses activités, l’action tente donc de provoquer de nouvelles sensations, de susciter de l’envie et du plaisir.

Les promoteurs de l’action sont attentifs au fait d’offrir toujours aux participants la possibilité de poursuivre leur activité en-dehors du cadre du Centre d’Addictologie. C’est pourquoi les activités impliquent quasi systématiquement un professionnel extérieur à la structure, et qui travaille en binôme avec un professionnel accompagnant du centre d’Addictologie.

Un sentiment de rejet lié à un discours social et politique sur les « addicts »

Bien souvent, les facteurs individuels décrits ci-dessus sont aggravés par des facteurs environnementaux pesant sur ces personnes, notamment un regard social et un discours politique plus ou moins stigmatisants selon les produits concernés : alors que la consommation d’alcool sera souvent mieux tolérée, voire valorisée par la société, la consommation de cannabis ou d’autres drogues illicites entraînera un rejet plus radical des consommateurs.

Décrivez-nous les activités que vous allez mettre / avez mises en place.

Au départ, l’action visait à proposer des activités à vocation thérapeutique : à titre d’exemple, des cours d’escalade donnaient lieu à des séances systématiques de « reprise » avec un psychologue du service.

Une première évaluation de ce dispositif, jugé trop lourd par beaucoup de participants, a conduit à son adaptation dès 2009 : les activités se sont dès lors recentrées sur le plaisir, l’aspect collectif, … La vocation thérapeutique y est désormais sous-jacente mais l’activité se suffit à elle-même.

Les activités se font toutes sur proposition d’un membre de l’équipe du Centre d’Addictologie, selon ses souhaits, ses idées et ses compétences : celui-ci monte alors son projet, la plupart du temps avec un intervenant extérieur spécialisé. L’ensemble des activités mises en place permet de proposer aux usagers du Centre d’Addictologie en moyenne quatre activités par semaine sur toute l’année. Ce programme est renouvelé chaque année sur la base des évaluations à mi-parcours et du bilan collectif effectué notamment dans le cadre du Conseil de la Vie Sociale (instance impliquant les usagers).

Chaque activité a lieu de manière régulière : une fois par semaine ou une fois tous les 15 jours. L’inscription y est libre.

Voici pour exemple certaines des activités proposées dans le cadre de l’action : escalade, « atelier sonore », quatuor Florestan, « atelier des saveurs », petit déjeuner, randonnée, modelage, éveil corporel, activité physique adaptée…

Le cas échéant, quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

Le taux de remplissage des activités est satisfaisant et les usagers n’hésitent pas à proposer ou réclamer de nouveaux ateliers.

Au-delà de ses effets thérapeutiques, l’action a également permis à l’équipe du Centre d’Addictologie, divisée en deux services situés sur deux sites géographiques distincts, de se rassembler autour d’un projet commun, de s’investir dans de nouvelles activités fédératives.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

L’ARS est le financeur principal de ce projet depuis son démarrage en 2008.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

A travers cette action, il s’agit de détourner l’accompagnement des personnes usagères de substances psychoactives de la question purement médicale pour les emmener vers celle du sens de la consommation, du choix qu’elles ont fait (leurs attentes, leurs besoins,…). L’objectif est bien « d’aller vers l’usager », de s’appuyer sur ses compétences et sur ses projets pour lui proposer ensuite un accompagnement adapté, individualisé, prenant en compte avant tout les déterminants de sa santé, son histoire personnelle et son environnement global.

En proposant aux personnes un accompagnement collectif, basé sur le plaisir et la création de lien social, l’action leur donne la possibilité d’agir et de reprendre confiance dans un domaine totalement étranger à leur consommation. Le Centre d’Addictologie propose ainsi aux usagers d’être véritablement « acteurs de leur santé ». Cette modalité d’accompagnement vient en complément des entretiens individuels.

A travers le lien créé avec des structures extérieures (clubs, associations, intervenants…), les activités proposées permettent aux personnes de renouer avec leur environnement réel, de réinvestir la sphère des loisirs, de retrouver concrètement des activités vectrices de plaisir et de lien social. Cet aspect de l’action répond à l’objectif de santé consistant à permettre aux personnes de « s’adapter à leur environnement ».

Cette action a permis de fédérer les équipes du Centre d’Addictologie autour d’une approche globale des addictions, « l’addictologie », alors que les différents services étaient séparés avant 2008 entre CCAA, CSST… L’action a donc permis de faire progresser l’acquisition d’une culture commune au sein du service, de décloisonner ses différentes composantes, contribuant également à l’amélioration de la prise en charge globale des patients.

Contact :

Elise Gaugler, médecin coordinateur adjoint
Elise.gaugler@nullchru-strasbourg.fr
Centre d’Addictologie, Médicale B
Hôpital Civil
1 place de l’hôpital BP 426
67091 Strasbourg Cedex
Tél : 03 88 11 60 01

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