Promotion de la santé dans des épiceries sociales

Route de la sante

 

Entretien réalisé en juin 2013 par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Sandrine Saas, coordinatrice en santé publique pour la Route de la Santé.

 

 

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

L’association La Route de la Santé a été créée à l’initiative des CPAM du Haut-Rhin et du Bas-Rhin en 1998 dans le but de monter des projets d’éducation pour la santé avec les communes alsaciennes. Elle compte une salariée et son conseil d’administration est composé de représentants d’institutions (CPAM du Bas-Rhin, MSA…) et de collectivités locales des deux départements.

Aujourd’hui, l’association a particulièrement pour objet de monter des projets dans les domaines de l’alimentation et de la nutrition auprès de deux publics spécifiques :

  • ­Les enfants de la maternelle, du primaire ou participant au périscolaire, en associant leurs parents, leurs enseignants mais également les responsables du périscolaire et des cantines.
  • ­Les personnes en situation de précarité, dans le cadre des épiceries sociales ou de l’ADAPEI (Association Départementale des Amis et Parents de Personnes Handicapées Mentales).

L’association répond à des demandes d’appui formulées par des collectivités locales et leur apporte, selon les besoins exprimés, son expertise sur le montage du projet, la recherche des subventions ou la mise en œuvre. Elle s’occupe également de la rémunération directe et du suivi des diététiciennes associées à l’action ci-dessous.

Quels sont l’origine (contexte, histoire…) et l’objectif principal de votre projet ?

Démarrée en 2006, l’action présentée ici cible les personnes en situation de précarité, avec comme objectif principal de leur permettre de faire des choix plus favorables à leur santé, notamment dans le domaine de l’alimentation.

S’inscrivant dans le cadre des ateliers cuisine mis en place par les épiceries sociales des communes concernées, l’action s’appuie sur les constats réalisés lors des différentes activités mises en place par ces structures : habitudes alimentaires ne respectant pas les critères d’équilibre contenus dans le PNNS, insuffisance de la consommation de fruits et légumes, méconnaissance et sous-consommation de certains aliments ou produits proposés à la vente…

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème de santé votre projet va-t-il agir ?  

Cette action vise à réduire l’incidence des problèmes de santé liés à une mauvaise alimentation au sein des populations en situation de précarité : surpoids, obésité, diabète… A travers ses activités, elle agit sur plusieurs déterminants de l’alimentation et de la nutrition des populations bénéficiaires :

La méconnaissance de certains aliments ou de leurs modes de consommation

Comme beaucoup d’autres publics, en matière de cuisine, les bénéficiaires des épiceries sociales ont leurs habitudes et leurs savoir-faire acquis de longue date et ne cherchent pas toujours à diversifier leur alimentation en achetant des produits qu’ils ne connaissent pas : fruits et légumes de saison, produits locaux ou régionaux, féculents, …

C’est pourquoi des activités sont mises en place pour leur faire découvrir des produits peu consommés dans ces épiceries malgré leurs qualités gustatives ou leurs avantages nutritionnels : actions d’information, séances de dégustation, cours de cuisine…

Le coût (réel ou supposé) d’une alimentation équilibrée

Beaucoup continuent de penser qu’une alimentation équilibrée n’est pas accessible à tous les budgets. C’est pourquoi l’action met l’accent sur les possibilités existant de manger mieux sans dépenser plus : en achetant par exemple certains produits séparément (féculents, épices…) au lieu d’acheter des plats préparés, en préparant soi-même ses sauces ou ses gâteaux, en comparant les prix des produits lors des séances de dégustation…

Les habitudes culturelles ou familiales liées à l’alimentation

Il semble que certains aliments gras ou sucrés soient perçus par des parents récemment arrivés en France comme facilitant l’intégration de leurs enfants : goûters, pizzas… Cette notion est, elle aussi, prise en compte par l’organisation d’ateliers valorisant les menus traditionnels ou favorisant l’échange de menus entre bénéficiaires d’origines diverses, en les adaptant si besoin aux produits en vente dans les épiceries sociales.

L’insuffisance d’activité physique régulière

Enfin, l’action intègre dans ses activités quotidiennes la promotion d’une activité physique régulière (au moins 30 minutes par jour).

Certaines diététiciennes mettent également en place, selon les bénéficaires, la motivation ou la demande, des groupes constitués et leur proposent de l’exercice, des promenades, des journées thématiques de découverte : parcours de santé, pommeraies, palais du pain d’épice, fermes locales…

Décrivez-nous les activités que vous allez mettre / avez mises en place

L’action met en œuvre trois types d’activités :

Des ateliers cuisine :

Alors que chaque épicerie sociale organise des ateliers sur des thèmes comme la cuisine, le budget, les économies d’énergie… en présence d’une CESF (Conseillère en économie sociale et familiale), dans le cadre de l’action, les diététiciennes de la Route de la Santé interviennent en complément pour animer entre 6 et 12 ateliers par an sur le thème spécifique de la nutrition.

Organisés d’abord autour de la cuisine et de la dégustation, avec une visée « pratique » de transmission ou d’échanges de savoir-faire, ils s’adaptent progressivement aux demandes formulées par les bénéficiaires au cours des ateliers, en fonction des problématiques émergentes. Ils peuvent ainsi prendre la forme d’ateliers d’échange et de discussion autour de thèmes plus larges : le goûter des enfants, les régimes, les problèmes du quartier…

Des ateliers organisés pendant la distribution  (soit un  ou deux jours par semaine ou par mois, selon le fonctionnement de l’épicerie sociale…) :

Les diététiciennes de la Route de la Santé sont présentes une fois par mois ou par trimestre aux côtés des CESF lors de l’ouverture de l’épicerie sociale. Elles organisent alors des ateliers à destination des bénéficiaires, en fonction des produits mis en vente, des arrivages, des habitudes de consommation constatées lors des séances précédentes…

Exemple : dégustation de légumes de saison : aubergines, choux, endives,… redécouverte et amélioration de produits en boîtes: taboulés,conserves de poissons, plats cuisinés (conserves Union Européenne), sauces tomates, augmentés de légumes frais (tomates, concombres…).

Lorsque c’est possible, un lien est établi avec les ateliers cuisine : exposition de fiches recettes élaborées en groupe, présentation d’arrangements de fruits, café…

La formation des bénévoles des épiceries sociales :

Les diététiciennes de l’association organisent également des formations visant à donner aux bénévoles intervenant dans les épiceries sociales des notions sur l’équilibre alimentaire, la gestion des dates de consommation, l’alimentation des enfants, les méthodes de promotion des fruits et légumes… Ces thèmes sont eux aussi adaptés aux demandes formulées par les bénévoles. 

Le cas échéant, quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

Depuis son démarrage, le projet a déjà bénéficié à 6 communes d’Alsace (Thann, Lingolsheim, Reichshoffen, Lauterbourg, Haguenau, Bischwiller) et continue aujourd’hui de s’étendre à de nouvelles communes (Villé et Wisches pour 2013).

Globalement, nous avons constaté dans le cadre de l’action une augmentation de la consommation de fruits et légumes par les bénéficiaires, la diminution des restes lors des dégustations, et surtout l’apparition progressive d’un public plus actif : les bénéficiaires n’hésitent plus à poser des questions aux bénévoles, à discuter lors des ateliers…

Les bénévoles ont également changé leurs habitudes : lors des petits déjeuners, le traditionnel triptyque « café, croissants, gâteaux » a  progressivement été remplacé ou complété par des fruits, des jus…

Enfin, l’évaluation de l’action a également mis en évidence la création de liens sociaux entre les bénéficiaires ou clients des épiceries : des rencontres extérieures, des actions d’entraide…

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

Les partenaires principaux de cette action sont les communes qui la mettent en place, avec le soutien de la Route de la Santé. Ce partenariat, qui démarre généralement autour de l’action présentée ici (épicerie sociale) est souvent élargi aux autres domaines d’intervention de l’association, en particulier l’action auprès des enfants et encadrants de la maternelle et du primaire.

L’action est soutenue par de nombreux partenaires :

  • l’Agence régionale de santé,
  • la DRAAF
  • le régime local
  • les communes adhérentes à l’association.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

L’action a pris en compte différents déterminants de l’alimentation des personnes en situation de précarité, notamment dans le cadre de leur participation à une épicerie sociale. Elle s’inscrit en outre dans le cadre d’une action plus large de l’association, qui agit généralement sur la même thématique, dans la même commune, auprès de publics et dans des cadres diversifiés : enfants, enseignants, personnes handicapées, élus… Cette présence auprès de différents publics permet à l’association d’augmenter l’impact de ses actions sur la santé globale des habitants de la commune. 

L’action s’inscrit dans le projet mis en place par les communes ou les communautés de communes pour améliorer la santé et le bien-être des habitants. Elle s’inscrit donc dans une politique publique, la politique de la ville, agissant elle aussi sur de nombreux déterminants de la santé des habitants.

Dans toutes ses activités, l’action s’adapte aux savoirs et aux aptitudes des personnes à qui elle s’adresse, afin de coller à leurs attentes, de répondre à leurs besoins, mais aussi de leur permettre de s’impliquer dans son déroulement : choix des thématiques abordées, création de visuels (fiches, préparations culinaires…). Cette souplesse est favorisée par la présence systématique des CESF lors des ateliers de la Route de la Santé, qui permet d’élargir le champ des thématiques abordées au-delà de la nutrition et de l’alimentation. En outre, ces ateliers sont l’occasion pour les CESF de compléter les entretiens individuels qu’elles organisent avec les bénéficiaires et d’identifier de nouveaux besoins qui n’auraient pas été abordés spontanément.

Contact :

Association La Route de la Santé – 2 avenue de Schweisguth – 67605 SELESTAT – 03.88.58.81.08

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