« Comment ça va ? », un projet de santé communautaire dans le quartier du Neuhof à Strasbourg…

sacso

 

Entretien réalisé en avril 2013 par Aline Audin, chargée de projets à l’Ireps Alsace, avec Thomas Braun, directeur de l’Association Sacso, sur une action s’inscrivant dans le cadre de la promotion de la santé.

Pouvez-vous nous présenter rapidement votre structure ou votre service ?

Fondée en 2006, l’association Sacso (Santé Culture et Société), dont le siège se situe dans le quartier du Neuhof, au Sud de Strasbourg, a pour objet la promotion de la santé des populations et la mise en place d’actions de prévention dans une perspective de santé communautaire.

A partir d’expériences professionnelles diverses (médecins, infirmiers, psychologue, sociologues) dans le champ de la prévention du Sida, les membres fondateurs de l’association ont choisi de privilégier une approche globale de la santé, qui tiendrait compte des aspects interculturels.

Le rayonnement géographique de Sacso n’est pas limité au quartier du Neuhof, même si actuellement l’essentiel de ses activités s’y déroulent.

Quels sont l’origine (contexte, histoire…) et l’objectif principal du projet ?

Réactualisé en 2012 dans le droit fil des activités déployées par Sacso depuis sa création, le projet « Comment ça va ? » a pour objectif d’accroître le bien-vivre des habitants de la cité Lyautey, située dans la partie nord-ouest du quartier du Neuhof. S’inscrivant dans une perspective de promotion de la santé, ce projet favorise par ses activités la création d’un environnement plus favorable à la santé des habitants en privilégiant leur participation et leur expression directe sur les problématiques de santé les concernant.

Selon les professionnels présents sur le terrain, les familles de la citée Lyautey souffrent d’un contexte particulièrement défavorable (chômage, habitat, insécurité…) et cumulent un grand nombre de difficultés socio-économiques  affectant particulièrement le climat social dans le quartier (tension, agressivité…).

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème de santé ce projet va-t-il agir ?

Par ses activités, ce projet tente d’agir sur la santé globale des habitants de la cité Lyautey. Pour y parvenir, il agit sur plusieurs déterminants de la santé de cette population :

Les difficultés socio-économiques et l’insuffisance de l’accès aux ressources sociales générales :

Le projet propose à la fois un accompagnement individuel, y compris physique, pour l’accomplissement des différentes démarches permettant l’amélioration de la vie quotidienne et du bien-être (santé, droits sociaux, recherche d’emploi, formation etc.) et la mise en place et l’animation de groupes d’échange et de discussion entre habitants sur différentes thématiques liées à la santé, l’éducation, la parentalité, le vivre ensemble.

Une permanence d’accueil individualisé a été mise en place et permet aux personnes de se sentir confortées, soutenues, écoutées dans leurs difficultés, mais aussi dans leurs efforts pour s’en sortir.

Ce travail est accompli sur le terrain par une médiatrice sociale en promotion de la santé* et par le directeur en tant que de besoin.

Un climat social particulièrement tendu et défavorable :

Les activités sont organisées et accomplies avec la volonté de contribuer à apaiser les tensions sociales, ceci de plusieurs manières :

  •  Toutes les activités proposées aux habitants le sont sur la base du volontariat. De plus, elles visent toutes à favoriser le dialogue et l’écoute. Nous veillons en permanence à préserver un bon climat, nous appuyant sur une grande souplesse d’adaptation et d’initiative.
  • Les activités à destination des enfants comprennent un temps d’approche et d’écoute de leurs parents, afin de renforcer la cohérence et la synergie entre leurs référents adultes pour l’adoption de comportements favorables à la santé.
  • L’action cherche à promouvoir les dynamiques collectives d’habitants ou de parents et leur capacité à s’approprier certaines questions de santé pour la mise en place d’actions à destination de leurs pairs.

L’environnement scolaire :

A différents niveaux, de la maternelle au collège, le projet est présent dans la vie scolaire et propose des activités visant qui à lutter contre le décrochage scolaire, qui à promouvoir l’activité physique et créer pour les élèves un environnement plus favorable à leur santé, qui à renforcer l’estime de soi et développer la créativité.

Le partenariat avec les établissements du secteur est un point d’appui particulièrement important et renforce la cohérence globale de l’action.

Les ressources personnelles des habitants :

Le projet cherche en permanence à améliorer les comportements favorables à la santé en agissant sur les compétences individuelles, actuellement sur deux thématiques principales : la nutrition (alimentation et activité physique) et le sommeil, afin notamment de faire face à l’augmentation, constatée sur le terrain, des phénomènes d’obésité et de surpoids parmi les enfants.

Décrivez-nous les activités que vous avez mises en place ?

La promotion de l’activité physique dans le cadre scolaire

A l’école primaire, un professeur d’activité physique adaptée est présent auprès du maître pour l’aider à instaurer une dynamique plus favorable à la pratique de l’activité physique, tant à l’école qu’en-dehors de celle-ci. Il propose ainsi des activités diverses et variées dans le temps scolaire et durant les congés, en athlétisme, gymnastique, sports collectifs et individuels. Sont but est d’augmenter l’endurance à l’effort et l’intensité de celui-ci.

La rencontre avec les parents, chaque fois qu’elle est possible, est un atout important pour répondre à leurs questions et tenter de comprendre et d’agir sur les déterminants (leviers et facteurs de blocage) influençant les comportements de leurs enfants.

Concrètement cette activité s’accompagne en permanence d’une sensibilisation à l’alimentation et à la consommation d’eau pure plutôt que de boissons sucrées. Les effets de ces boissons sur l’organisme sont réexpliqués à cette occasion, ce qui permet aux enfants, mais également à leurs parents, de mettre en lien des informations théoriques et pratiques.

Les ateliers d’EPS pendant les vacances scolaires

Nous proposons des ateliers d’activité physique aux enfants tous les matins pendant les congés. Proposés « à la carte », sur la base du volontariat, ces ateliers connaissent un certain succès (une dizaine d’enfants très ponctuels et assidus lors des dernières vacances de printemps !).

Des excursions en vélo sont également organisées avec des partenaires du quartier pour des groupes parents-enfants.

Les ateliers de lutte contre le décrochage scolaire

Au collège, Sacso propose un atelier de création vidéo à des jeunes collégiens en voie de décrochage. Constitué de volontaires recrutés en cours d’année dans le cadre de l’ERFS (Espace de remise en forme scolaire), ce groupe s’initie actuellement aux techniques et à l’art de la vidéo pour, à terme, créer de petits films ou documentaires.

Ce travail vise à réconcilier l’élève avec l’école, à faciliter son accès à la culture et à favoriser l’implication des parents dans la vie scolaire de leur enfant.

Par ailleurs, un atelier théâtre hebdomadaire est organisé tous les ans depuis 2009 avec des élèves volontaires dans le cadre de l’accompagnement éducatif. Chaque année, le groupe joue le spectacle qu’il a créé auprès des enfants de l’école maternelle toute proche.

La médiation sociale via la présence d’un adulte-relais

Une médiatrice sociale en promotion de la santé assure des permanences hebdomadaires au siège de Sacso pour proposer un accompagnement individuel aux personnes qui le sollicitent. Cet accompagnement peut porter sur les démarches nécessaires au parcours de soins (accompagnement physique aux premiers rendez-vous par exemple), sur les démarches de recherche d’emploi ou encore sur des difficultés d’ordre personnel… Il s’agit d’un dispositif de première ligne dont l’objectif est d’aider les personnes à démêler l’écheveau de soucis dans lequel elles sont prises et permettre ainsi de meilleures orientations. Le cadre fait de confidentialité, d’empathie et d’écoute s’avère efficace.

La médiatrice propose également un ensemble d’activités qui favorisent les contacts, sa reconnaissance et la mobilisation des personnes sur le quartier. C’est ainsi qu’ont été mises en place en 2012 des séances hebdomadaires de « marche lente » pour un groupe de femmes et des séances de jogging. Un projet d’atelier « fitness boxe » pourrait aussi se concrétiser.

Dans les écoles maternelles du secteur, Sacso est présente deux fois par semaine dans le cadre d’une permanence d’accueil des parents. Cet espace partenarial inédit et innovant favorise la remontée des préoccupations des parents concernant l’éducation et la scolarité de leurs enfants en vue d’une meilleure orientation.

Une action de proximité avec la Sacsomobile

La « Sacsomobile » est un camping-car avec lequel nous allons directement à la rencontre des jeunes et des enfants du quartier. Nous circulons sur les différents lieux du secteur, essentiellement pendant la durée des vacances scolaires, au gré de notre inspiration. Les enfants nous attendent avec impatience et nous créons bien involontairement de la frustration sur tous les lieux sur lesquels nous ne sommes pas ! Nous offrons beaucoup d’attention et de prévenance autour de jeux, de dessins et de tout ce qui nous permet d’être en relation et d’engager le dialogue avec ces enfants et ces adolescents. La grande variabilité des âges et l’affluence toujours importante (en moyenne 15 à 25 enfants et ados) témoignent de l’intérêt à se rendre disponible et à l’écoute de ces jeunes. Cette action originale offre aux professionnels de Sacso une occasion formidable, à la fois souple et conviviale, de travailler sur les aspects éducatifs –  en signifiant par exemple leurs désaccords avec certains comportements, en incitant à s’écouter et à s’entendre – et d’agir sur le lien social.

Le cas échéant, quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

En 2012, Sacso a été en relation avec plus de 1 000 bénéficiaires dans le cadre de 13 activités différentes.

D’un point de vue qualitatif, nous constatons un certain nombre d’évolutions dans les attitudes générales. Certains indicateurs nous confortent dans la poursuite de nos actions : de plus en plus d’enfants souhaitent faire plus d’activités physiques ; les attitudes entre eux et avec nous évoluent vers davantage de tolérance et de politesse ; les parents semblent de plus en plus confiants et accueillent toujours favorablement nos sollicitations. Les enseignants de l’école ont développé une dynamique commune autour de l’EPS et ont pallié l’absence puis le départ du précédent professeur d’activité physique.

Quels partenariats avez-vous mis en place pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de ce projet ?

Les activités sont pour la plupart menées en partenariat, avec les établissements scolaires, avec les associations du quartier, avec la ville (par exemple dans le cas de la MUZ’), dans le cadre du REAAP etc.

SASCO est inscrite dans des réseaux tels que la Plateforme ressources en Education et Promotion de la Santé, la COREVIH Alsace, des Ateliers territoriaux de partenaires de la ville…

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

Ce projet a vocation à améliorer le climat social du secteur afin qu’il soit plus favorable à la santé. Nous agissons sur plusieurs facteurs et déterminants de santé, principalement sur l’environnement social et sur les ressources personnelles et les comportements des habitants. Nous favorisons par exemple la circulation et la bonne compréhension de l’information sur les dispositifs et les lieux de prise en charge ; nous favorisons également l’accessibilité et l’utilisation de ces dispositifs en travaillant en amont avec les personnes, voire en les y accompagnant. De plus, par notre travail en réseau, nous participons à l’amélioration et à l’adaptation des pratiques en faisant remonter les attentes, les besoins et les difficultés des gens.

Enfin, on peut affirmer que notre action est guidée par la préoccupation constante de participer à la réduction des inégalités sociales de santé.

*Le poste de médiatrice sociale en promotion de la santé est un poste à temps plein de type « adulte relais », c’est-à-dire financé sur les crédits de la politique de la ville.

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