Tom et Lisa ou la réduction du risque alcool dans le cadre de la fête

afpraEntretien réalisé en novembre 2012 avec l’AFPRA (Association de formation et de prévention des risques addictifs) sur un projet de prévention et de promotion de la santé.

Présentez-nous rapidement votre structure ?

L’AFPRA, dont le siège est situé à Mulhouse, compte 8 salariés.

L’association est structurée autour de trois pôles d’activités : la prévention des conduites à risque chez les jeunes de 3 à 25 ans, l’insertion et enfin la formation. L’action présentée ici s’intègre dans le premier de ces pôles. L’ensemble de l’activité de ce pôle touche à la fois les jeunes et les adultes accompagnant ces jeunes au quotidien: parents, équipes éducatives des établissements scolaires, animateurs sportifs et de loisirs, éducateurs, personnels médico-sociaux…

Pour les plus jeunes, l’action vise le développement des compétences psychosociales, pour les plus âgés elle cherche à susciter la réflexion, l’analyse des expériences vécues, la connaissance des produits consommés etc. En outre, l’association propose aux adultes concernés un accompagnement de projet, un appui méthodologique ou encore un soutien à la parentalité.

Quelle est l’origine de votre projet ? Quels sont ses objectifs ?

L’action a été montée à un niveau transfrontalier par trois structures de prévention : la Villa Schöpflin située à Lörrach en Allemagne, le Service de prévention des Cantons de la ville de Bâle et l’AFPRA.

Elle est partie d’un constat partagé par ces trois structures : celui de l’alcoolisation massive des jeunes dans le cadre de la fête privée. Ce constat, posé par les professionnels, est étayé par des données statistiques à la fois nationales et européennes : l’augmentation des ivresses répétées, la baisse de l’âge des premières ivresses, l’apparition d’un phénomène de binge drinking etc.

Au niveau local, l’Agence régionale de santé d’Alsace, dans un état des lieux de février 2011 réalisé pour l’élaboration du Programme régional de santé, a également mis en évidence des conduites d’alcoolisation massive en une seule occasion comme phénomène émergent chez les jeunes.

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème votre projet agit-il ?

Le principal problème de santé auquel cette action tente de répondre est celui de la mortalité des jeunes dans le cadre de la réduction des risques suite à une alcoolisation massive.

Les déterminants de ce problème sur lesquels l’action agit sont les suivants :

L’acquisition de connaissances et de compétences personnelles permettant aux jeunes de faire face aux situations problématiques

Outre l’enseignement des gestes de 1er secours, pré-requis à cette intervention, l’action favorise la réflexion des jeunes afin qu’ils puissent mettre en place des comportements responsables de manière individuelle ou collective lors d’une alcoolisation massive.

Ces connaissances et compétences acquises seront des éléments déterminants dans la gestion par les jeunes de situations d’urgence telles que le coma éthylique, ou des situations à risque en matière de sexualité, conduite automobile, comportements de violence physique, bagarres, perte de contrôle etc.

L’action fait ainsi réfléchir les jeunes sur leur capacité à « dire non », à prendre des initiatives, à régler certaines de ces situations problématiques, à aller chercher de l’aide quand c’est nécessaire…

La notion de coresponsabilité

L’action incite les jeunes à réfléchir à la notion de responsabilité individuelle ou collective, notamment en cas d’incident survenu lors d’une fête privée : dégradation des locaux, bagarre, coma éthylique etc. Les élèves se posent donc collectivement la question de celui qui porte la responsabilité de ces incidents : celui qui invite, celui qui boit ou se bagarre, les camarades présents à la fête, les parents … ? Autrement dit, le contexte de la fête exonère-t-il de toute capacité de réflexion, d’initiative, et peut-être de responsabilité partagée entre les participants ?

Cette réflexion permet d’aborder la possibilité de s’organiser ensemble pour participer à des fêtes plus sûres, moins alcoolisées.

L’environnement familial ou institutionnel

Par des jeux de rôles ou des tests de connaissance, l’adolescent est invité à se poser la question du rôle des parents ou des institutions dans l’information, l’encadrement ou la protection des jeunes face à la consommation d’alcool.

La réduction des inégalités sociales de santé

L’action se met en place prioritairement sur les territoires identifiés par l’ARS comme présentant un déficit en matière d’action, de ressources ou d’intervenants sur le thème de la prévention des risques addictifs, notamment chez les jeunes.

Décrivez-nous les activités que vous avez mises en place dans le cadre de cette action

L’action est organisée autour d’un scénario de départ : Tom et Lisa vont fêter leurs 18 ans et ils décident d’inviter leurs amis à leur anniversaire. Sur cette base, les jeunes imaginent ensemble comment organiser cette fête, ils essaient de trouver des arguments pour faire accepter par leurs copains une fête sans alcool, ils réfléchissent aux moyens de l’animer et de mettre de l’ambiance sans consommer de l’alcool ou un autre produit, enfin ils apprennent à gérer ensemble, si cela se produit, des situations problématiques pouvant survenir si l’alcool est toutefois présent.

L’action compte 7 heures d’intervention. Les 3 premières heures (pour la partie française de cette action transfrontalière) proposent une initiation aux gestes de premier secours. Les heures suivantes, réparties sur deux modules, sont consacrées aux questions posées ci-dessus, sous forme de jeux de rôle, de tests de connaissance ou de réflexion collective.

L’action est conçue sous la forme d’un jeu interactif : les jeunes au début de l’intervention sont répartis par équipes de 5 ou 6, chaque équipe pouvant gagner des points au fur et à mesure du déroulement du jeu en fonction de ses propositions. Pour chaque thème abordé, ils sont invités d’abord à réfléchir au sein de leur sous-groupe, puis à restituer ou à mimer leurs idées ou propositions à l’ensemble du groupe. Ils doivent développer une argumentation pour défendre leur point de vue et obtenir sa validation par le groupe entier.

Lors du deuxième module, les jeunes réfléchissent au rôle de leurs parents, expérimentent les gestes appris lors de l’initiation aux premiers secours, testent leurs connaissances sur les idées reçues et les risques liés à l’alcool et apprennent à qui s’adresser en cas d’incident survenu au cours d’une fête.

En conclusion, il est demandé aux jeunes d’identifier tous ensemble 3 idées forces leur permettant d’organiser leur prochaine fête en tenant compte de la réduction des risques.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

L’action fournit quelques éléments d’évaluation que nous pouvons reproduire ici :

  • 70% des élèves concernés ont apprécié l’intervention, 22,4% un peu et 7,6 pas du tout
  • 63,2% disent avoir appris quelque chose de nouveau, 76,3% se pensaient bien informés sur les risques liés à une consommation excessive d’alcool avant l’intervention: 92,7% après.
  • 64% des jeunes indiquent savoir à qui s’adresser si besoin (lieu d’écoute indiqué en premier)

Quels partenariats avez-vous mis en œuvre pour l’élaboration, la mise en œuvre ou l’évaluation de votre projet ?

L’action Tom et Lisa est une animation tri-nationale, élaborée conjointement par 3 partenaires transfrontaliers : la Villa Schöpflin située à Lörrach en Allemagne, le Service de prévention des Cantons de la ville de Bâle et l’AFPRA à Mulhouse.

Sa réalisation a pu voir le jour grâce aux préfectures du Haut Rhin et du Bas Rhin dans le cadre des financements MILDT, ainsi que d’un financement ARS.

La réalisation graphique du jeu a été produite par L’ISAA de Strasbourg (Institut Supérieur des Arts Appliqués).

En France, la mise en place de l’action s’organise grâce à un partenariat étroit avec l’Education Nationale (rectorat, inspections académiques Haut Rhin et Bas Rhin, moniteurs de 1ers secours…).

En outre, dans chaque établissement concerné, un partenariat spécifique se met en place avec les équipes pédagogiques et les chefs d’établissement afin de prendre des décisions sur les points suivants : choix des classes, objectifs de l’intervention, choix des outils et techniques appropriés…

Sur certains territoires, le projet est de développer cette action de manière plus large en organisant des formations d’intervenants auprès des jeunes. Cette formation intègrerait à la fois l’acquisition de connaissances sur les conduites addictives et plus spécifiquement sur la consommation d’alcool, sur la démarche de projet et sur l’animation du jeu interactif « Tom et Lisa ». Un jeu serait fourni au groupe à l’issue de cette formation.

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

L’action présentée ici est fondée sur le principe de la participation des jeunes à la définition et à l’élaboration des messages, solutions ou problématiques les concernant directement. Par conséquent, l’action part de la réalité du quotidien de ces jeunes, qui fabriquent eux-mêmes l’animation et son contenu avec ce qu’ils sont, l’outil fournissant uniquement un cadre leur permettant de s’exprimer.

L’action ne se contente pas de fournir de l’information aux jeunes, mais s’efforce par ses méthodes de renforcer les compétences et ressources personnelles de ces jeunes pour augmenter leur capacité à prendre en main les questions liées à leur santé ou à ses déterminants (empowerment).

En outre, l’action ne stigmatise pas un comportement ou une personne adoptant un comportement mais prend en compte les déterminants aussi bien sociaux qu’individuels ou institutionnels permettant d’expliquer ces comportements. L’action insiste donc sur la notion de coresponsabilité et renforce la capacité des jeunes à exercer leur créativité et à élaborer leur pensée de manière autonome.

Enfin, l’action a également le souci de ramener les jeunes vers les personnes ou ressources pouvant les accompagner au quotidien, en particulier leurs parents.

Entretien réalisé par Aline Audin, chargée de projets à l’IREPS Alsace, avec Christine Méo, coordinatrice de projets à l’AFPRA.

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