Bien manger, bien bouger pour bien vieillir

Entretien réalisé en octobre 2012 avec la Mutualité Française d’Alsace sur un projet de prévention et de promotion de la santé.

Présentez-nous rapidement votre structure

La Mutualité Française d’Alsace représente la Fédération Nationale de la Mutualité Française (FNMF) au niveau de la région Alsace. Fédérant 230 mutuelles et représentant environ 727 000 personnes, la Mutualité participe à l’organisation et la coordination de l’offre de soins et de services mutualistes, mais elle assure également au niveau de la région quatre missions essentielles :

  • l’animation et la coordination de la vie mutualiste
  • la représentation externe et la défense du mouvement
  • le renforcement et le développement de la Mutualité Française
  • la prévention et la promotion de la santé, notamment dans le cadre de ses Rencontres Santé, ouvertes à tous publics.

Les actions de prévention et de promotion de la santé de la Mutualité se concentrent sur trois grands axes stratégiques de santé publique : la prévention des maladies chroniques, la santé et l’environnement et le maintien de l’autonomie. Une consultation de conseil familial et conjugal est également offerte au public sur rendez-vous.

Quelle est l’origine de votre projet ? Quels sont ses objectifs ?

L’action « Bien manger, bien bouger pour bien vieillir » s’inscrit dans le cadre de l’axe stratégique de maintien de l’autonomie, l’une des trois thématiques majeures de prévention et de promotion de la santé abordées par la Mutualité afin de faire face au vieillissement de la population alsacienne.

L’action a pour objectifs de faciliter le « vouloir et la capacité d’agir » des plus de 55 ans pour préserver leur santé et de promouvoir auprès de cette population une alimentation équilibrée, adaptée à son âge, la pratique d’une activité physique, le maintien du lien social, et le recours accru au dépistage précoce.  

Décrivez-nous les activités que vous avez mises en place dans le cadre de cette action

Cette action ou « Rencontre santé » aborde les thèmes de l’alimentation et de l’activité physique à travers deux projets spécifiques : « Vieillir c’est un régal » et « Allez on se bouge, Huguette mets tes baskets, Pierrot enfile ton maillot ».

Déclinée sur un territoire, l’action consiste principalement en une conférence suivie par 6 à 12 ateliers, conçus et/ou choisis en fonction des besoins exprimés ou des partenaires et activités déjà présents sur le territoire.  

A quel problème de santé votre projet répond-il ? Sur quels déterminants de ce problème votre projet agit-il ?

L’action aborde principalement le problème de la perte d’autonomie et de l’apparition de pathologies liées au vieillissement.

A travers ses activités, elle agit sur cinq déterminants de santé :

L’apport d’information et l’amélioration des connaissances des séniors sur les comportements favorables à leur santé

L’objectif de cet apport de connaissances est de fournir aux séniors les outils théoriques nécessaires pour agir favorablement sur leur propre santé, mais aussi de leur permettre d’acquérir de nouvelles aptitudes individuelles afin de faire des choix adaptés en fonction de leur environnement, de leurs besoins et de leurs priorités de santé.

Les thèmes abordés concernent aussi bien l’alimentation que l’activité physique. Ils sont adaptés en fonction des résultats d’un questionnaire distribué lors de la conférence d’introduction : ostéoporose, impact carbone de l’alimentation, lecture critique des étiquettes, protéines et repas sans viande, intégration de l’activité physique dans le quotidien, gymnastique douce, marche nordique etc…

La création de lien social

L’action favorise la création de liens durables entre les participants à travers la taille des ateliers et la recherche de lieux et de moments de convivialité : ateliers de 12 personnes au maximum, préparation de repas pris en commun, régularité des ateliers hebdomadaires sur une période de 7 à 13 semaines…

En outre, les ateliers impliquant uniquement des acteurs locaux (professeurs de gym douce, diététiciens, associations de consommateurs…), les participants sont encouragés à pérenniser leurs acquis en s’inscrivant à des activités déjà existantes sur le territoire.

L’action est donc perçue avant tout comme un tremplin entre les usagers et les acteurs locaux, une occasion devant permettre aux premiers de mettre un pied dans une dynamique de proximité développée au sein de leur espace de vie par les seconds.

La mise en réseau des partenaires locaux et leur implication renforcée dans l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation de l’action

Sur chaque territoire, le contenu des ateliers et leurs intervenants sont adaptés en fonction des spécificités locales : existence d’activités préalables, présence d’une maison des aînées, fédérations sportives et de loisirs, besoins et demandes identifiés… 

En outre, des comités de pilotage sont créés à deux niveaux sur chaque territoire : un niveau institutionnel regroupant les principaux acteurs à vocation régionale ou cantonale (Conseil Général, mutualités, MSA, CARSAT …) et un niveau local regroupant les acteurs concernés par les thématiques abordées (mairies, associations, Clubs de 3ème âge…).

A noter qu’une personne « sénior » référente est systématiquement nommée pour participer aux différents Comités de pilotage, ceci afin de renforcer la participation des usagers dans la définition des actions et politiques touchant directement à leur santé, renforçant ainsi la notion « d’empowerment » des personnes.

L’amélioration de l’environnement physique

L’action fournit aux séniors des éléments théoriques et des pistes concrètes leur permettant de diminuer leur impact sur leur environnement à travers leurs modes de consommation, notamment alimentaires.

Des ateliers sont organisés, touchant directement ou indirectement ces questions : impact carbone de l’alimentation, lecture critique des étiquettes, distribution de calendriers de fruits et légumes de saison, rencontres avec des AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne), dégustation de produits locaux, préservation des aliments…

La lutte contre les inégalités sociales

De plus, le projet « Bien manger, bien bouger pour bien vieillir » s’inscrit dans un programme  global de la Mutualité Française Alsace et tend à agir pour accompagner, sensibiliser et éduquer à la santé l’ensemble des habitants de la région. Il organise des actions d’information, de prévention et de promotion de la santé, pour tous les publics, sous la forme de colloques, de conférences, d’ateliers, de groupes de parole …

Ces actions ont pour but de développer des réflexes de prévention et visent à aider les personnes à prendre soin de leur santé.

Quels résultats avez-vous obtenus ?

En 2011 et 2012, 242 personnes ont participé à ces rencontres santé sur toute l’Alsace. 8 rencontres ont été organisées sur 10 cycles de 6 à 13 ateliers chacun.

Lors de l’évaluation, entre 80 et 90 % des participants ont estimé avoir acquis de nouvelles connaissances, plus de 80 % affirmant vouloir modifier leurs comportements.

En matière de lien social, 70 % des personnes interrogées estiment avoir passé un moment de convivialité, tandis qu’un quart des participants semble garder le contact avec des personnes rencontrées lors des ateliers et s’inscrit avec ces personnes à de nouvelles « rencontres santé ».

En quoi ce projet s’inscrit-il dans le cadre de la promotion de la santé ?

L’action est passée en quelques années d’un projet de prévention santé centré uniquement sur l’alimentation et le lien social à une action plus globale de promotion de la santé, intégrant notamment l’activité physique, mais aussi le travail en réseau avec les partenaires locaux, l’inscription de l’action au cœur d’une dynamique de proximité, la participation des usagers, des notions de santé environnementale, un regard critique sur l’alimentation …

Aujourd’hui, cette action s’inscrit donc pleinement dans une approche globale de la santé et tend à permettre au public sénior de devenir acteur voire auteur de sa propre santé.

Entretien réalisé par Aline Audin, chargée de projets à l’IREPS Alsace, avec Cindy Leobold, responsable de l’activité prévention et promotion de la santé à la Mutualité française d’Alsace.

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