Les étudiants infirmiers investis dans la prévention du risque SIDA sur le quartier Wolf-Wagner

Institut de formation en Soins Infirmiers – Mulhouse

Les étudiants de l’Institut de Formation en Soins Infirmiers de Mulhouse en partenariat avec le Collège Wolf – Mr SCHOTT, Principal ; Mme TSCHIRHART, enseignante , la Coordination Territoriale Prévention et Sécurité de la Ville – Mr SCHRECK- et le Centre socioculturel Wagner –Mme BOULKEROUA, animatrice interculturelle et Andrée COLLOT, responsable service Prévention – ont mis en place une journée de prévention et d’éducation sur le thème du SIDA.
Ils ont abordé les modes de transmission, le dépistage et les moyens de prévention sous forme de sketch et d’ateliers.
Que ce soient, les élèves primo-arrivants de neuf nationalités différentes ou les habitants du quartier – jeunes et moins jeunes -, tous ont été intéressés par les explications et les échanges en petits groupes.
Un temps convivial a permis de consolider les messages transmis aux participants. Ces temps de prévention ont été bénéfiques pour les élèves de l’ACPA (Accueil primo-arrivants), pour les habitants et pour les étudiants de l’IFSI.

Ajomon PARAKAL, futur infirmier témoigne pour le groupe d’étudiants de l’IFSI de Mulhouse : « Vingt étudiants infirmiers ont un jour décidé de faire de la prévention et de l’éducation à propos du virus du sida.

Ces étudiants avaient envie de partager leurs connaissances. La population à laquelle ils allaient s’adresser était composée d’une classe d’adolescents et d’habitants qui avaient l’habitude de se retrouver dans un centre socioculturel.

La classe est dénommée « classe ACPA ». Elle se situe au collège Wolf de Mulhouse. Cette classe réunit 19 élèves mineurs arrivés en France depuis peu. Le but est d’aider ces adolescents issus de l’immigration dans l’apprentissage du français. Ces élèves suivent aussi parallèlement le cursus ordinaire d’une formation de collège.

Les étudiants infirmiers se divisèrent ainsi en deux groupes de dix : dix personnes iront faire de la prévention au collège et dix autres iront au centre socioculturel.
Dans cet article, nous nous intéresserons à l’action éducative et préventive du sida auprès de la classe ACPA du collège Wolf.

Dès le premier jour l’ensemble des étudiants rencontrèrent un éducateur du collège Wolf afin de pouvoir mieux cerner la population visée. L’éducateur spécialisé de la Coordination Territoriale Prévention et Sécurité de la Ville, fait le lien avec le collège. Il nous présente ces étudiants comme des personnes très motivées. Le lendemain, nous rencontrons ces élèves. Nous avons préparé un questionnaire afin d’évaluer leurs connaissances sur le sida. Ce questionnaire était anonyme. Notre but était d’échanger mais aussi d’évaluer leurs connaissances concernant la maladie du sida.

Cette première rencontre avec ces élèves s’est excellemment bien passée. Nous avons été surpris de rencontrer des élèves ayant l’envie de savoir et une grande soif de connaissances. A la suite de cet échange, notre enthousiasme pour faire de l’éducation et de la prévention avait encore grandi : nos interlocuteurs étaient motivés et réceptifs. Du coup, notre motivation s’est encore « raffermie ».

Nous avons « épluché » les questionnaires et nous avons constaté que sur les quinze personnes présentes le jour de notre intervention quatorze connaissaient le mot sida. Nous avions remarqué que des connaissances existaient mais que subsistait des amalgames et des représentations : quatre élèves ne savaient pas comment se protéger du sida, un autre élève pensait que la pilule pouvait protéger, trois élèves pensaient pouvoir être contaminé par la salive, un par la sueur, quatre par les piqûres de moustiques, et enfin quatre élèves pensaient que l’on pouvait guérir du sida.

Nous avons laissé à leur disposition une boite à idée suite à notre première intervention. Nous espérions recevoir des questionnements non formulés à notre première rencontre.

Lors du dépouillement de cette boite, nous avons constaté une espérance et une attente concernant notre intervention. Par exemple certains se demandaient si un rapport pendant les règles pouvait présenter un risque de transmission. Ou encore : la sodomie pouvait elle transmettre le sida ? Est ce qu’au premier rapport, on pouvait avoir le sida ? Est-ce qu’une femme enceinte contaminée pouvait le transmettre à son enfant ? Et enfin, comment est apparu le sida dans le monde ?

Notre intervention les intéressait car nous parlions d’amour, de sexualité. Et ces deux thèmes sont très importants chez les adolescents. Nous avions des élèves qui avaient soif de connaissances. Sans vouloir faire de jeux de mots, ces élèves issus de civilisations différentes avaient soif de culture.

Dans un premier temps nous avons établi un plan d’enseignement qui a consisté à poser par écrit les objectifs à atteindre en terme éducatif. Ainsi, nous savions quel contenu leur apporter et pourquoi nous le faisions. Notre but général était de sensibiliser les élèves au virus du sida, aux moyens de prévention et aux comportements à risques.

Nous avons rencontré des professionnels compétents – libéraux, hospitaliers, fonction publique – en matière de prévention, de suivi de personnes atteintes de la maladie SIDA. L’ensemble de ces acteurs nous ont beaucoup aidé du fait de leur expérience en santé publique et dans le domaine de la prévention du sida.

Nous avons été dirigé vers l’Institut National de Prévention et d’Education pour la Santé (INPES) et vers l’association Migration Santé Alsace.

Nous avons également rencontré une enseignante/formatrice spécialisée en ethnologie, qui nous a sensibilisés à l’approche éducative de santé auprès des personnes ayant des cultures différentes. Une formatrice de Mulhouse nous a fait travailler sur les supports de communication. Le but était de nous permettre d’optimiser nos messages par le biais des supports.

Nous avons fait appel au CRES Alsace (collège régional d’éducation pour la santé, à présent Instance régionale d’éducation et de promotion de la santé), aux associations AIDES et Argile. Leur aide a été d’une grande utilité. Sans eux nous n’aurions pas reçu de posters, préservatifs masculins et féminins, documentation en langue étrangère. Leurs contributions nous ont beaucoup aidés à faire passer le message que l’on voulait visuel et nous les en remercions.

Dans un deuxième temps, une fois le plan d’enseignement terminé, la place était libre à notre créativité. Nous avons choisi de faire un sketch et des ateliers pour sensibiliser les bénéficiaires. Nous savions que nous nous adressons à des adolescents ayant des cultures différentes. Dans cette classe se rencontraient des personnes de 9 cultures différentes : serbes, marocains, angolais, mongol, chinois, afghans ne sont que des exemples. Le but de nos ateliers était un échange sans « choquer », car il fallait pouvoir parler de sexualité tout en ménageant leurs susceptibilité et leur sensibilité.

Grâce au Centre de Documentation de l’Institut en Soins Infirmier de Mulhouse, nous avons pu imprimer en couleur des photos. Nous cherchions à faire passer nos messages par les images puisque la langue pouvait être une barrière à la compréhension.

La matinée de notre action éducative a été formidable. Tous les élèves étaient venus au rendez-vous. Nos messages visuels passèrent très bien. Nous avions opté pour des bons choix. Les « collégiens » s’impliquèrent et posèrent des questions. Ils allèrent même plus loin que l’objectif que nous souhaitions atteindre. Chacun d’entre eux trouvait un intérêt à notre intervention, chacun posait ses questions sans avoir peur d’être jugé, garçon comme filles. Pour arriver à ce résultat, nous avons créé un climat de convivialité avec boisson et gâteaux. Leur professeur principal, avait également créé des groupes de niveaux. Nous les avons réunis à travers trois ateliers : atelier « dépistage », atelier « mode transmission », et atelier « protection ».

A la fin de notre intervention, nous avons procédé à une évaluation afin de pouvoir constater les marges de progression. Nous avons donné un questionnaire à « cocher ». Les images les aidèrent à répondre. Un étudiant accompagnait une ou deux personnes pour aider à la compréhension au besoin.

Les résultats du questionnaire, a démontré, que tous les participants, sans exception, avaient compris les dangers que représentait la maladie du sida. Leurs représentations de la maladie avaient changé.

Nous espérons durant cette journée avoir pu passer ce message afin de conduire les bénéficiaires vers leur propre réflexion. Nous garderons évidemment un excellent souvenir de cette rencontre chaleureuse avec de jeunes élèves issus de cultures diverses et nous n’oublierons pas lors de notre exercice professionnel futur ce que nous avons appris de cette journée. »

Une action à reconduire !

Le 1er août 2011

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